À Dakar, il suffit de parcourir une centaine de mètres pour tomber sur une école de formation. Parfois deux. Parfois trois. Une école de management coincée entre un pressing et un fast-food, une école de communication logée au premier étage d’un immeuble familial, une école d’informatique installée là où, hier encore, on vendait du « Neex Soow ». Bienvenue dans la nouvelle jungle urbaine : celle des Ecoles et Instituts « dits » de formation.
Ici, on forme sur tout. Tout s’apprend. Tout se certifie. En trois mois, six mois, parfois « à votre rythme ». Développeur, Manager, Communicant, Community manager, Expert en entrepreneuriat, Leader transformationnel, Stratège digital… Dakar ne forme plus des étudiants, elle fabrique des profils LinkedIn.
Le phénomène n’est pas nouveau, mais il a pris des proportions spectaculaires. La formation est devenue un business comme un autre, avec ses slogans accrocheurs, ses promesses audacieuses et ses affiches colorées. « Formez-vous et trouvez un emploi garanti », « Le chemin de la réussite », « Votre avenir commence ici ». L’avenir, apparemment, commence à chaque coin de rue.
Il faut dire que la demande de formation est bien réelle. Chaque année, des milliers de jeunes sortent du cycle fondamental ou obtiennent le Baccalauréat et viennent grossir l’effectifs des universités depuis longtemps débordées et au bord de l’implosion. Dans ce contexte, les écoles privées de formation ont tout naturellement trouvé leur créneau : proposer vite, former vite, promettre beaucoup. Énormément.
Mais derrière cette effervescence se cache une question essentielle : forme-t-on vraiment, ou vend-on surtout de l’espoir ?
Car si certaines écoles font un travail remarquable, avec des programmes solides, des formateurs compétents et une vraie perspective d’insertion professionnelle, d’autres relèvent davantage de l’improvisation pédagogique et du racket. Des salles exiguës, des contenus copiés-collés d’Internet, des formateurs recrutés la veille du cours, et des diplômes maison dont la valeur s’arrête souvent à la porte de l’établissement.
Le vrai problème n’est donc pas la multiplication des écoles en soi, mais l’absence de régulation claire et de lisibilité pour les apprenants. Qui contrôle les programmes ? Qui évalue la qualité des formations ? Qui protège les étudiants contre les promesses creuses ? Pour l’instant, la boussole semble tourner un peu dans tous les sens, et à l’heure où on nous annonce la volonté de repenser l’université sénégalaise à travers l’ANTESRI (Agenda national de Transformation de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation), nous osons espérer que de l’ordre sera apporté à ce secteur.
Les jeunes méritent mieux qu’un marché de la formation livré à lui-même. Ils aspirent à une vision claire, une cohérence, une articulation entre besoins réels et offres de formation crédibles. Former, oui. Former vite, pourquoi pas. Mais former bien, surtout.
Ngagne

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Des modèles en voie de disparition!