En 1989, l’ASEDEME naît. L’Asedeme c’est l’association Sénégalaise pour la Protection des Déficients Intellectuels. L’intitulé est long. Le combat est simple : refuser que la déficience intellectuelle rime avec exclusion. À une époque où on cachait ces enfants, où on disait « il ne peut rien apprendre », Aminata Mbaye et son équipe ont dit l’inverse. « Il peut. Il faut juste la bonne méthode, le bon temps, la bonne confiance ».
Aminata Mbaye. Son nom est aujourd’hui écrit en lettres sobres sur la façade du centre de Grand-Yoff à Dakar. Mais son vrai nom, elle l’a gravé ailleurs : dans le regard des parents, dans les gestes des éducateurs, dans l’autonomie de centaines de jeunes.
Le centre de Grand-Yoff ouvre en 2003. Ils étaient 8 Enfants. Ils sont aujourd’hui 178 Enfants et jeunes adultes confondus, dans 10 classes et 8 ateliers. Des ateliers, des classes, avec des éducateurs spécialisés. Ce n’est pas un mouroir. C’est une école de la vie. Couture, coiffure, informatique, jardinage horticulture, sérigraphie arts plastiques. On n’y apprend pas à subir son handicap. On y apprend un métier. On y apprend à prendre le bus seul, à gérer un budget, à se présenter à un entretien.
Aujourd’hui, ASEDEME a plus de 30 ans. La revue « Doom Doom La », informe les familles. Les ateliers professionnalisent. En 2020, 18 jeunes avaient déjà des contrats de travail, 10 en stage. Et à ce jour 39 jeunes sont insérés dans une quinzaine d’entreprises dans 17 Domaines d’activités
Des chiffres petits pour certains. Énormes pour des parents qui avaient entendu « votre enfant ne fera rien ». C’est ça Aminata Mbaye. Pas un visage sur une photo jaunie. Une conviction. Celle que chaque enfant, même différent, a droit à l’éducation. Droit à la dignité. Droit à l’utilité.
Son combat continue sans elle. Chaque jeune qui sort du centre avec un diplôme, chaque parent qui voit son fils coudre sa première chemise, chaque fille qui coiffe sa première cliente : c’est Aminata Mbaye qui répond.
On ne retiendra pas d’elle une date. On retiendra une phrase qui n’a jamais été écrite mais qui guide le centre chaque jour : « Le handicap n’empêche pas de vivre. L’indifférence, oui. »
Merci Madame Mbaye. Votre combat est devenu notre mission.
Jean Pierre Corréa


![[Hommage] AMINATA MBAYE : Son nom sur un centre, son combat dans mille vies](https://reperesmagazine.com/wp-content/uploads/2026/07/AMINATA-MBAYE-3.jpg)