La scolarisation constitue un véritable défi pour les personnes en situation de handicap auditif. Le centre verbo-tonal est la seule école publique sénégalaise spécialisée dans la prise de cette cible. Alors que la structure médico-scolaire n’a pas de régime internat. Ainsi, un problème de maison d’accueil se pose, privant des milliers d’enfants de la chance de fréquenter une école dans leur vie.
Le centre verbo-tonal se trouve au niveau de la commune de Gueule Tapée. Son nom officiel est externat médico psychopédagogique intégré. C’est une structure médico-scolaire qui accueille des enfants déficients auditifs communément appelés sourds qui sont âgés entre 4 et 18 ans. Il y a une phase de recrutement au mois d’octobre avec la mise en place d’une commission pour examiner les demandes. Les dossiers sont reçus durant les vacances scolaires.
Seuls 10 élèves acceptés en 2026
Les demandes de renseignement pour intégrer l’école sont très nombreux. Mais à la fin beaucoup renoncent à inscrire leur enfant lorsqu’ils apprennent que l’école n’a pas d’internat. Treize demandes d’admission ont été reçues pour l’année académique 2025-2026. Dix élèves ont été finalement acceptés. Parmi eux, seuls deux élèves viennent de l’intérieur du pays : l’un de Diourbel, l’autre de Mbacké. Un bus de ramassage a été mis à la disposition du centre verbo-tonal par le ministère de l’Education nationale. Par contre, il a été laissé à l’abandon à cause des frais de carburant que l’école peine à supporter.
Travailler les restes auditifs
C’est la méthode verbo-tonale qui a fait la renommée du centre. Il s’appuie sur l’utilisation d’un appareil électroacoustique qu’on appelle SUVAG qui n’a que dix sorties. Ce qui ne permet de brancher que 10 élèves. Les sourds ont besoin de rythme pour parler puisqu’ils n’entendent pas. C’est pourquoi ils suivent des cours de rythme corporel. Ce qui leur permet de sentir les vibrations qui va leur permettre de savoir différencier les sons longs de ceux qui sont cours et le nombre de syllabes. Le cours consiste à faire du rythme corporel et du rythme musical. Pour ce faire, le professeur utilise un plancher vibrant constitué de caissons à l’intérieurs desquels il y a un haut-parleur. Au début, ce sont des casques et des vibrateurs qui étaient utilisés par le centre. Mais le matériel était souvent défectueux. C’est ainsi que, sur conseil du professeur de musique qui a découvert le plancher vibrant lors d’une formation en Belgique, cet outil a été adopté par le centre. La méthode verbo-tonale travaille les restes auditifs. Cela consiste à exploiter le peu que l’enfant entend. Ce qui va lui permettre de mieux entendre et de pouvoir prononcer.
Les signes, le langage de prédilection
Le sourd est décrit comme quelqu’un qui a la paresse de parler. Il préfère plutôt le langage des signes. La méthode verbo-tonale est plus appropriée pour les sourds légers et moyens. Mais les sourds profonds communiquent plus avec des signes. C’est pourquoi les élèves du centre apprennent aussi le langage des signes de même que les enseignants depuis 2020. L’école est en train même d’adapter le langage des signes aux réalités sénégalaises en collaboration avec l’université Cheikh Anta Diop de Dakar et des personnes ressources. Elle a recruté par ailleurs un professeur en langage des signes pour mettre à niveau ses enseignants.
Un volet formation professionnelle
Le centre verbo-tonal n’a pas de classe de CM2. Après le CM1, les apprenants sont préparés à l’insertion professionnelle. La couture, l’art plastique sont les premières filières à avoir été intégrées dans l’établissement. En outre, l’école décroche souvent des bons de formation. Ce qui a permis à un groupe d’élèves de suivre des cours en restauration, certains en agriculture, d’autres en sérigraphie grâce notamment au Fonds de Financement de la Formation professionnelle et technique.
Les élèves qui ont des problèmes de surdité moins graves sont détectés très tôt et reversés dans le système traditionnel. Les autres qui ont des problèmes plus graves vont ainsi suivre une formation professionnelle pour leur permettre d’avoir toutes les chances de réussir dans la vie.
Ramata DIA, le sacrifice d’une grand-mère pour son petit-fils

Depuis trois ans, la dame Ramata Dia passe les heures de cours au niveau du centre verbo-tonal pour attendre son petit-fils. Elle est originaire de Sinthiou Bamambé, une commune de l’est du Sénégal, située dans la région de Matam. « J’ai vu comment les sourds-muets sont traités dans mon village. On les considère comme des attardés mentaux. Je ne voulais pas que mon petit-fils grandisse dans cet environnement où il est stigmatisé par les autres enfants. C’est l’ainé de mon fils. J’ai décidé donc d’agir. J’ai demandé des renseignements pour savoir s’il y avait une école qui pouvait lui donner la chance d’être instruit comme les autres enfants. C’est là qu’on m’a parlé du centre verbo-tonal. J’ai donc décidé de venir aménager dans la capitale », confie-t-elle à Repères.
La dame habite maintenant à Keur Massar mais elle ne rentre que les vendredis. Vu la distance qui sépare le nouveau département du centre verbo-tonal, elle a aménagé avec son petit-fils chez des parents dans la commune de Biscuiterie, à Usine Bène Tally très exactement.


Un commentaire
Très intéressant. Merci d’avoir adressé ce sujet hautement important mais malheureusement noyé dans l’océan du buzz et des ragots.