Il est devenu un des acteurs incontournables de l’École sénégalaise. Mamadou Diakhaté, enseignant de formation, fait de la réhabilitation d’établissements scolaires délabrés son combat de tous les jours. Très populaire sur les réseaux sociaux, il été à l’initiative de la reconstruction de plusieurs dizaines d’école sur l’ensemble du pays. REPÈRES Magazine braque ses projecteurs sur les activités scolaires de cet instituteur, de plus de 30 ans.
« Junior Niintche », c’est sous ce sobriquet qu’il est le plus connu. Le surnom dont il répond le plus. Qui fait son identité. « C’est un surnom qui m’a été donné par des amis Mandjack quand j’étais beaucoup plus jeune. Cela signifie ‘‘un homme’’. Le surnom me plaisait bien et je l’ai conservé pour en faire mon nom de signature dès l’avènement de Facebook en 2008 », se souvient-il encore.

Grand-Dakar, là où tout a commencé
Mais son vrai nom, c’est Mamadou Diakhaté. 18 ans après, le natif de Grand-Dakar au début des années 1990, s’est offert une forte réputation. Celui d’être un activiste engagé pour le bien-être de l’École. Redonner une nouvelle vie à un établissement scolaire en état de délabrement, bâtir et reconstruire des salles de classes, peindre des murs abîmés, distribuer des kits scolaires et des moyens matériels et techniques, à ses habitants : élèves et personnels éducatifs, en quelques mots, préserver ce riche patrimoine qu’est l’École sénégalaise.
Néanmoins, bien avant l’école, Mamadou Diakhaté a fait de l’engagement citoyen un sacerdoce. « J’ai très tôt milité dans des associations de mon quartier à Grand-Dakar, où j’ai eu à faire mes premiers pas dans la vie associative. C’est comme ça que j’ai appris beaucoup de chose concernant l’engagement communautaire et le don de soi. En milieu scolaire aussi j’étais parmi les leaders dans les mouvements de contestation ou de bien-être », indique Mamadou Diakhaté.
Servir la communauté, une devise que Junior Niintche a continué de porter, notamment pour le compte de l’école. L’enseignant de 34 ans a décidé, en pleine pandémie de Covid-19, de remplacer la craie par la truelle.
« Mon engagement est motivé par l’aspect universel de l’éducation. Étant enseignant, j’ai quitté Dakar pour aller dispenser des cours dans la brousse, à quelques mètres de la frontière avec la Gambie. Chaque matin, je voyais que mes élèves n’étaient pas intéressés par l’école. C’est ainsi que j’ai décidé de m’engager à travers les réseaux sociaux », explique Mamadou Diakhaté.
Le pouvoir du clic, il en a fait sa force. L’instituteur co-fonde alors le mouvement communautaire « Team Niintche » et une page Facebook qui porte le même nom, dédiés à la sensibilisation, aux activités de nettoyage et à la construction de salles de classe. Ce mouvement portera ensuite l’appellation « Simples Actions Citoyennes ».

Un système de financement parti du « crowdfunding »
Quelques années plus tard, c’est un bilan impressionnant qui se dresse. Plusieurs dizaines d’écoles et de salles de classe reconstruites en un temps record à l’échelle du territoire national.
Son projet le plus récent consistait à redonner une nouvelle âme à l’école Cheikh Racine Sow de Podor, dont plusieurs salles de classe étaient vétustes. Les travaux ont pris fin au cours du mois de juillet, après 25 jours seulement. Ce projet ambitieux, situé dans le département de Podor, à Dioum, village de Kahel, a été mené avec l’engagement de divers corps de métier : menuisiers, peintres, maçons, électriciens etc.
Toutefois, la mobilisation des moyens pour dérouler ses activités n’est pas de tout repos. La réalisation de ses projets nécessité de bonnes bases financières. Mais Junior Niintche a su relever le défi en faisant recours au financement participatif. « En faisant les écoles, nous n’avions pas d’argent. Alors, j’ai eu l’idée de lancer une petite cagnotte sur mes réseaux, en demandant à mes abonnés de cotiser chacun 50 Francs CFA pour refaire par exemple les toilettes d’une école à Grand-Dakar. Au bout de 2 heures, nous avons atteint la somme qu’il fallait », dit Mamadou Diakhaté.
Cependant au fil des années, l’enseignant change de tactique et noue des partenariats avec des sociétés privées pour la réalisation de ses travaux. « Lors des évènements politiques récents, les gens ne cotisaient plus. Nous avons alors décidé de passer de cagnotte à Responsabilité Sociétale d’Entreprise (RSE). Nous avons mis en place des projets structurants pour pousser les entreprises à nous redonner une partie de leurs bénéfices dans le cadre de nos travaux dans les écoles. C’est ainsi que nous avons élargi nos activités »,révèle Junior Niintche, qui précise aussi avoir collaboré avec le ministère de l’Éducation nationale.

Fils de militaire et apolitique
Marié et aîné de sa famille, ce fils de militaire se veut apolitique. La discipline et la rigueur caractérisent son engagement communautaire au sein des écoles. Pour lui, un établissement scolaire doit obligatoirement disposer d’un bon cadre favorable à l’épanouissement de l’élève.
« Aujourd’hui on nous parle de la qualité ou de concours général mais la réalité est que l’école sénégalaise n’est pas aux normes. Les disparités sont importantes. Les écoles à Sacré-cœur ne sont pas les mêmes à Sindji Daga. Si nous voulons une école sénégalaise performante, il faut d’abord améliorer les conditions d’études », lance Mamadou Diakhaté, alias Junior Niintche.
Moustapha Diakhité

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