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Entretien avec…Docteur Rama Diallo Tall « Le Bac ne doit pas être un tribunal familial pour régler ses comptes »

Moustapha DiakhitéBy Moustapha Diakhitéaoût 3, 2026Aucun commentaire7 mins de lecture
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Docteur Rama DIALLO TALL.
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Lundi 6 juillet 2026, les résultats du premier tour du Baccalauréat tombaient. Pour les candidats, l’attente du verdict sonne comme un moment de supplice, des instants où l’adrénaline monte à son plus haut niveau. La pression familiale, le regard des autres et la comparaison laisse des sueurs froides. En cas d’échec, les conséquences peuvent être funestes. Stress, évanouissement, Suicide…Dans cet entretien, Docteur Rama Diallo TALL, sociologue, chercheure, spécialiste Enfance, Adolescence et Protection sociale, analyse cette forte pression sur les candidats au baccalauréat et donne des clés pour une meilleure gestion de ces situations. 

Comment expliquer le cas du candidat au Baccalauréat à Matam, qui s’est donné la mort après avoir constaté son échec à l’examen ?
Ce drame est tragique et très difficile pour la famille et pour la communauté mais il faut faire attention cela ne peut pas être expliqué par une seule cause. Généralement, c’est quand une situation ou plusieurs facteurs accumulés dans la vie de l’individu peuvent pousser une personne à se donner la mort. L’échec au baccalauréat seul ne peut pas expliquer ce suicide. 

Le plus souvent, des éléments peuvent expliquer cela comme les détresses psychologiques, la pression, les attentes personnelles, familiales ou sociales, le jugement, la honte, les difficultés personnelles préexistantes. Car il est très possible que le candidat traversait des problèmes qui ont impacté son échec. 

Ce fait social qu’est le suicide rappelle l’importance d’accompagner les candidats avant et après les examens mais de valoriser l’assistance sociale dans les écoles. 

Pourquoi les examens sont-ils source de pression et de stress pour les candidats ?

Il faut comprendre d’abord que l’examen symbolise un moment où les connaissances, les savoirs et les compétences d’un candidat sont évalués sur un temps bien déterminé. A cet effet, les examens sont souvent une source de pression et de stress chez le candidat. 

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces pressions et ces stress : 

  • D’abord, les examens renferment beaucoup d’enjeux comme l’obtention d’un diplôme, l’accès à une formation, à un emploi ou à une bourse. Tous ces enjeux augmentent naturellement la pression. 
  • Ensuite un autre facteur qui est important : la peur de l’échec. En effet, nombreux sont les candidats qui craignent de ne pas réussir ou de décevoir leurs proches, leurs enseignants ou eux-mêmes et cette peur peut provoquer de l’anxiété. 
  • Le manque de préparation peut aussi être un facteur déclencheur, surtout lorsque le candidat n’est pas prêt et que les révisions sont insuffisantes, mal organisées, mal préparées, le sentiment de ne pas être prêt renforce le stress.
  • La pression sociale et familiale, les attentes des parents, des enseignants ou de la société peuvent amener les candidats à se sentir obligés d’obtenir d’excellents résultats. 
  • De même, la gestion du temps pendant les épreuves et la quantité de travail à accomplir sont souvent des sources d’inquiétude.
  • Enfin, les réactions physiques et émotionnelles comme l’angoisse, les mains moites, les difficultés de concentration et le manque de sommeil sont aussi des facteurs qui impactent sur le candidat. Face à une situation perçue comme importante, le corps libère des hormones du stress. 

Cependant, il faut noter que le stress peut ne pas être aussi un aspect négatif dans la vie d’un candidat à un examen. Chaque individu gère son stress à sa manière. Pour certains le stress stimule la motivation, la concentration et tant d’autres éléments. Pour d’autres en revanche, il nuit aux performances et cause des perturbations au niveau de la mémoire, de la réflexion et surtout sur la confiance en soi. 

Quel doit être la responsabilité des parents vis-à-vis de leur enfant en classe d’examen ?

Les parents ont un rôle essentiel dans les études et la réussite de leur enfant. Les parents dont leur enfant est classe d’examen ont surtout l’obligation de créer un environnement favorable à l’apprentissage et au bien-être de leur enfant. 

Dans nos sociétés, le baccalauréat est devenu depuis quelques temps une attraction pour la famille, le quartier et bien d’autres espaces où évolue le candidat ou le parent du candidat. Ce qui fait que la pression sociale prend le dessus sur la responsabilité des parents. Cette pression est devenue source de stress pour les parents qui n’arrivent pas à la gérer et ils la transposent au candidat tout au long du processus des révisions jusqu’à la proclamation des résultats en passant par l’examen. 

Il ne faut pas que les parents oublient que leur rôle premier est de protéger leur enfant. Et il y a quelques principales responsabilités qu’il faudrait qu’ils prennent en compte :

  • Encourager et motiver en soutenant moralement leur enfant et en valorisant ses efforts ce qui permettra de lui donner confiance.
  • Assurer un cadre propice aux études en mettant à sa disposition un endroit calme pour réviser et veiller à ce qu’il dispose du matériel nécessaire et limiter les distractions.
  • Suivre surtout sa scolarité en s’intéressant à ses résultats : échanger avec les enseignants si nécessaire et l’aider à organiser son travail sans faire les tâches à sa place.
  • Veiller à son équilibre de vie comme par exemple l’encourager à avoir un sommeil suffisant, une alimentation équilibrée et des moments de détente car ces éléments favorisent la concentration et la mémorisation.
  • Éviter une pression excessive ce qui est essentiel, le baccalauréat ne doit pas être un tribunal ou un panel familial pour régler ses comptes avec la famille, la belle famille, le quartier, et autres espaces de rencontres. Les parents doivent fixer des attentes réalistes et éviter les comparaisons avec d’autres. 
  • Écouter les inquiétudes de son enfant, le rassurer et lui rappeler que sa valeur ne dépend pas uniquement de ses résultats scolaires. 

En résumé, ce qu’il faudra retenir, c’est que les parents ne doivent pas seulement attendre de bons résultats au baccalauréat. Leur mission principale est d’accompagner leur enfant avec écoute, confiance, encouragement et bienveillance, afin qu’il puisse donner le meilleur de lui-même dans les meilleures conditions possibles. 

Un enfant ne peut pas supporter beaucoup de pressions, sa charge mentale est très limitée, trop de charges et de paroles blessantes deviennent lourdes à porter. 

Comment gérer un échec à l’examen face au regard de la société ?

L’échec à un examen ne marque pas la fin de la vie d’une personne. Il constitue une difficulté à surmonter, mais ne définit ni la valeur ni les capacités d’un individu. Il convient d’adopter des attitudes qui permettront de surmonter cet échec. Tout d’abord il y a l’acceptation de l’échec avec lucidité, reconnaître ses résultats permettra de tirer des leçons. Ensuite, le soutien moral et affectif de la famille, des enseignants, de la société, des amis sont primordiaux, le candidat a plus besoin de soutien que de jugement. Enfin, ce qui est plus important, c’est apprendre de ses erreurs, persévérer avec détermination, comprendre que la réussite ne se limite pas à un diplôme et surtout affirmer sa place dans la communauté et éviter l’isolement.   

En résumé, l’échec à un examen est une étape qui peut être dépassée. Avec le soutien de la famille, des enseignants et de la société, ainsi qu’avec de la persévérance et une volonté de progresser, il peut devenir une occasion de grandir et de construire un avenir réussi. Ce n’est pas l’échec qui détermine une vie, mais la manière dont on y réagit.

Par Moustapha Diakhité

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