Ils sont devenus omniprésents. Les Établissements Privés d’Enseignement Supérieur (EPES) poussent en grand nombre dans la capitale sénégalaise et ailleurs. Le pays en compte déjà des centaines. Malgré cette affluence, beaucoup d’instituts privés de formation présentent des défaillances. Absence de réglementation, non validation par le CAMES et l’ANAQ-SUP, non-reconnaissance du diplôme par l’État…Pour de nombreux étudiants, la fin de la formation est souvent synonyme de galère prolongée. Dans une note parue fin juillet, la Direction Générale de l’Enseignement Supérieur rappelle à l’ordre les EPES qui ne sont pas encore conformes aux réglementations en vigueur, et menace déjà de les fermer. Enquête de Repères Magazine sur cette hausse tentaculaire des Établissements Privés d’Enseignement Supérieur et le calvaire de plusieurs étudiants, dont l’insertion professionnelle devra attendre.

« Aucun EPES ne peut dérouler ses programmes et délivrer des diplômes de licence, master et doctorat d’exercice : (médecine, pharmacie, odontostomatologie, médecine vétérinaire et chirurgie dentaire) sans une autorisation préalablement établie par le MESRI », telle est la mise en garde de la Direction Générale de l’Enseignement Supérieur.
Dans un communiqué publié vers la fin du mois de juillet, la DGES rappelle que le fonctionnement d’un EPES est subordonné à l’approbation par l’autorité, à travers l’octroi d’un agrément provisoire.
«Le non-respect de la réglementation en vigueur entraîne la fermeture immédiate de l’établissement par l’autorité compétente, et ce, sans préjudice des poursuites prévues par la législation », avertit la direction au ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.
Les EPES, la bombe
Dans le contexte éducatif sénégalais, un Établissement Privé d’Enseignement Supérieur désigne une structure privée dispensant des formations supérieures.
Leur création et leur statut sont principalement régis par la loi n°94-82 du 23 décembre 1994. Cette disposition remplace les lois antérieures, notamment la loi n°67-51 du 29 novembre 1967 afin d’alléger les procédures d’ouverture d’EPES et d’élargir leur champ d’application à l’enseignement supérieur.
Le texte, modifié en 2005, exigea alors l’introduction d’une déclaration préalable pour créer des établissements privés. Il renforce dans le même temps, les contrôles administratifs et institue un Conseil consultatif de l’enseignement privé pour faciliter la concertation entre l’État et les acteurs privés.
La loi n°94-82 du 23 décembre 1994 est par la suite complétée par plusieurs textes majeurs, dont la loi 2011-05 du 30 mars 2011 instaurant le système LMD (Licence, Master, Doctorat) et réorganisant l’enseignement supérieur pour le structurer autour de trois grades internationaux (BAC+3, BAC+5 et BAC+8).
Puis vient le décret n° 2015 – 582 du 11 mai 2015 qui pose les bases d’une meilleure réglementation des Établissements supérieurs, avec l’impératif d’accréditation des offres de formation par l’ANAQ-SUP.
L’Autorité Nationale d’Assurance Qualité de l’Enseignement Supérieur, de la recherche et de l’innovation, créée en 2012 a pour mission de contribuer et à assurer la qualité de l’enseignement supérieur. Pour qu’un EPES obtienne l’agrément de l’État du Sénégal, être certifié par l’ANAQ-SUP devient l’une des conditions exigeantes.

90 EPES, le chiffre qui fait fureur
Dans un communiqué paru du 24 juillet 2026, la Direction de l’Enseignement Supérieur Privé faisait le point de la situation des Établissements Privés d’Enseignement Supérieur dans le pays.
A cette date, la DESP informait que 20 nouveaux EPES venaient d’obtenir l’autorisation d’exercer sur le territoire national.
Ce chiffre s’ajoute aux 298 déjà enregistrés et annoncés par ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation le 5 mars 2026.
Ce qui fait que notre pays compte aujourd’hui 318 EPES, enregistrés au niveau de la Direction de l’Enseignement Supérieur Privé.
Parmi ces 298 Établissements Privés d’Enseignement Supérieur, 208 inter-agissent avec l’ANAQ-SUP et s’engagent dans des procédures d’habilitation.
Les 90 restants sont ainsi considérés comme non-conformes mais fonctionnent avec des programmes et diplômes non accrédités.
Moustapha Diakhité

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