En 2021, les premiers mouvements de colère des bacheliers et diplômés en langue arabe prennent forme. Le Front des Étudiants Arabophones du Sénégal (FEAS), créé la même année, dénonce le manque d’options sur la plateforme d’orientation Campusen pour les bacheliers en langue arabe, nonobstant les promesses tenues par les autorités gouvernementales d’assurer leurs orientations via de nouvelles filières professionnelles. Ce qui, selon l’association, retarde l’insertion professionnelle des diplômés dans cette langue.
Les bacheliers en arabe sont, d’année en année, confrontés à un nombre très limité de filières éligibles sur la plateforme nationale d’orientation (Campusen), contrairement à leurs homologues du système général au Baccalauréat. C’est ce qu’indique Mohammadou Omar Sow, président du Front des Étudiants Arabophones du Sénégal (FEAS).
« En 2021, il y avait des bacheliers en langue Arabe qui avaient des soucis d’accès sur la plateforme Campusen. En plus, il n’y avait pas beaucoup d’options d’orientation, si ce n’est la faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l’UCAD (FLSH). C’est ainsi que nous avons mis en place ce front », rappelle-t-il.
Avec des capacités d’accueil limitées, voire saturées à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, le Front des Étudiants Arabophones du Sénégal ainsi que d’autres mouvement montent au créneau pour réclamer l’ouverture de départements d’arabe dans toutes les universités du Sénégal, du fait du nombre élevés de nouveaux bacheliers chaque année. « Tous les arabophones ne pouvaient pas être orientés à l’Ucad. C’est pour cela que nous avons demandé à l’État d’ouvrir d’autres départements dans d’autres universités comme à Saint-Louis et à Ziguinchor », déplore Mohammadou Omar Sow.

« Les diplômés arabophones sont marginalisés…»
L’autre goulot d’étranglement, selon les collectifs d’arabophones du Sénégal, reste l’insertion professionnelle. Demba Ka, étudiant qui vient de franchir la licence 3, à l’Université Cheikh Ahmadou Bamba de Touba dirige l’Association pour le Développement des Arabophones du département de Linguère.
Membre du Front des Étudiants Arabophones du Sénégal, il se prépare activement à la vie professionnelle après ses études universitaires. Toutefois, trouver un emploi stable reste un véritable parcours de combattant pour lui.
« Dans certaines organisations ou sociétés, il est véhiculé l’idée selon laquelle un diplômé en langue arabe doit uniquement se consacrer à la religion. Or, cela est une confusion. Nous qui sommes sortis de l’université Cheikh Ahmadou Bamba de Touba, avons des compétences en informatique, en gestion de projet de même qu’en entrepreneuriat », explique Demba Ka.
Mais ce dernier ne s’est pas limité uniquement à son statut de diplômé. Il a suivi d’autres formations, dans divers secteurs pour élargir ses connaissances et compétences.
« J’ai effectué une formation de deux ans à la Sonatel comme agent, de même qu’une formation d’un an à l’ANSD », révèle-t-il. Malgré cela, il peine toujours à trouver un emploi.
« J’ai fait des dépôts d’emplois dans plusieurs services tels que Wave, Orange, et même dans le domaine des transports comme le TER ou le BRT. Mais pas de suites favorables ». La cause, estime-t-il, son statut de diplômé en langue arabe.
Tout comme Demba Ka, nombreux sont les étudiants spécialisés dans cette langue qui font face à cette situation. Pour Mohammadou Omar Sow, les diplômés en langue arabe sont simplement peu considérés.
« Les diplômés arabophones sont marginalisés. Une fois les études achevées, ils ne peuvent rien faire d’autre qu’enseigner. Alors que parmi nous il y a des ingénieurs, des médecins, des informaticiens etc. C’est pour cela que nous exigeons une insertion dans le marché de l’emploi », certifie le président du FEAS.

« Un institut de formation professionnelle et technique dédiés aux bacheliers arabophones »
Les diplômés en langue arabe ne manquent pas de solutions face à leur situation. Face aux dépôts d’emploi sans succès et aux longues périodes de chômage, ils exigent des autorités en charge de l’emploi et de la formation professionnelle et technique, d’autres alternatives pour leur faciliter une insertion professionnelle.
« L’État devrait mettre en place une école de formation pour les arabophones. Cela doit commencer par appuyer les écoles arabes comme cela se fait pour les établissements dits “franco-arabe”. Ce faisant, les élèves qui auront le Bac vont automatiquement être formés, sans avoir à passer dans une quelconque université », recommande Demba Ka.
M.D

![[Reportage] : Les diplômés en langue arabe face au rejet des recruteurs](https://reperesmagazine.com/wp-content/uploads/2026/10/DIPLOME-1024x753.jpeg)