Malgré le recrutement de plus de 1000 animateurs polyvalents, dont 350 ayant intégré la Fonction publique entre 2021 et 2022, le gap reste encore large selon plusieurs organisations de bénévoles de la Petite Enfance. Les acteurs du secteur, qui menacent de tenir une série de mouvements de protestation, mettent sur la table une batterie de revendications dont leurs ordres de service, mais surtout une formation et leur régularisation dans la fonction publique.
« L’État a pu offrir à ces enseignants bénévoles, un plan de carrière ; c’est depuis 2019 », c’est ce qu’avait indiqué la Directrice générale de l’Agence de Nationale de la Petite enfance de la Case des Tout-Petits en 2022.
« Donc les 351 formés en 2021 ont déjà intégré la Fonction publique et ces 681, après l’examen final, vont également être des agents du ministère de l’Éducation national conformément à la directive de 2015, consacrant la généralisation de la prise en charge de la petite enfance », avait ajouté Maïmouna Cissoko Khouma.
Ces formateurs avaient été recrutés pour résorber le gap en éducateurs constaté dans les établissements en charge de la petite enfance.
« Plus aucun animateur polyvalent n’est formé depuis 2022 »
Sur les réseaux sociaux, les revendications des animateurs polyvalents pleuvent. Dans les régions, des mouvements s’organisent. Des acteurs de l’enseignement préscolaire se constituent en association pour défendre leur corporation et leurs intérêts.
Mi-septembre, à Kolda, les animateurs polyvalents bénévoles ont haussé le ton lors d’un sit-in. Ils ont réclamé à l’État une formation qualifiante en vue de leur recrutement dans la fonction publique.
Joint par REPÈRES, Wopa Kandé, coordinateur des animateurs polyvalents de la région de Kolda révèle que les éducateurs du préscolaire ne sont plus formés depuis 2022.
« Il y a plusieurs générations d’animateurs polyvalents. Certes trois ont été formées et recrutées par l’État. Mais la dernière génération formée était en 2022. Depuis lors, aucune session de formation n’a eu lieu. Pire, il y a des animateurs qui ont plusieurs années d’expérience, mais qui n’ont jusqu’à présent effectué une formation », déplore-t-il.
Face à ce constat, les animateurs polyvalents dénoncent ce qu’ils considèrent comme un manque de considération, mais aussi de reconnaissance de leur contribution au fonctionnement des écoles maternelles et préscolaires.
Selon eux, cette formation leur permettra de renforcer leur compétence afin d’être des agents de la fonction publique.
« Depuis la formation de la dernière génération, nous aussi nous courons et mettons la pression que nous soyons formés mais jusqu’à présent il n’y a rien de concret », renchérit Wopa Kandé.
« Le principal problème c’est Moustapha Mamba Guirassy »
À Tambacounda, 198 animateurs polyvalents ont été recensés par le coordonnateur régional. Un recensement qui avait été lancé sur demande du gouvernement mais de l’Agence Nationale de la Petite Enfance de la Case des Tout-Petits.
Toutefois, malgré le décompte effectué, la formation des animateurs polyvalents de la région reste au point mort. La directrice de l’ANPECTP, qui avait effectué une tournée à Tambacounda en 2024, avait pourtant promis que leurs revendications allaient être prises en compte.
Mais pour les animateurs polyvalents, le facteur bloquant reste l’actuel ministre de l’Éducation nationale.
« Le principal problème c’est Moustapha Mamba Guirassy. C’est à son niveau où le dossier est bloqué. Parce que lorsque l’ancienne directrice de l’ANPECTP termina son recensement, avant la fin d’être relevée dans ses fonctions, elle-même, elle nous avait dit que nous allions commencer nos formations au mois de septembre. Mais entre-temps, elle a été relevée de ses fonctions. Sa successeure a alors hérité du dossier. Depuis lors, quand on appelle au niveau de l’agence, on nous dit que la balle est désormais dans le camp du ministère de l’Éducation nationale. C’est ce qui me fait dire que Moustapha Mamba Guirassy est le principal responsable des lenteurs », martèle le coordinateur des animateurs polyvalents de Tambacounda.

Des conditions d’exercice précaires
« Nous travaillons dans des conditions difficiles, très difficiles d’ailleurs », s’indigne Wopa Kandé. Le coordinateur des animateurs polyvalents de la région de Kolda souligne que les acteurs de l’enseignement préscolaire de la localité servent, sans aucun soutien. Ils évoluent suivant leurs propres moyens.
« L’animateur polyvalent dans cette zone assure ses déplacements. Ce n’est ni la population ni l’État. C’est lui-même qui subvient à ses besoins. C’est le cas aussi du matériel pédagogique. Soit les boîtes de craie ou les règles etc. ».
« La petite enfance, elle est négligée ici au Sénégal »
La petite enfance reste un secteur, très peu valorisé au Sénégal, selon des acteurs de l’enseignement scolaire. La principale cause, le déficit d’éducateur de la spécialité, selon Diallo, coordinateur des animateurs polyvalents dans la région de Tambacounda.
« Pour le recrutement des 2.000 enseignants en 2025, aucun n’a été affecté dans la zone de Koumpentoum. Aucune école ni case n’a reçu d’enseignants », estime le responsable régional à Tambacounda.
« Seul le Directeur est un agent de l’État mais sinon tous les animateurs polyvalents n’ont pas d’emploi formel. Et c’est même le Directeur qui essaie à la fin du mois de les appuyer avec un 10.000 ou avec un 20.000fr ».
Moustapha Diakhité

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