L’école sénégalaise a officiellement ouvert ses portes le 12 octobre dernier. Alors que plus de 4 millions d’élèves ont regagné les salles de classes, nombreux sont ceux qui sont contraints à l’abandon scolaire. Selon un rapport paru en 2025, plus de 30% des enfants âgés de 6 à 16 ans ne sont pas scolarisés. Les facteurs sont divers. Pour renverser la tendance, le Sénégal a mis en place plusieurs programmes, afin de répondre aux défis persistants du système éducatif, notamment la lutte contre la déscolarisation.
Ces chiffres qui interpellent !
L’abandon scolaire apparaît aujourd’hui comme l’un des défis de taille du système éducatif. Ce phénomène renvoie à une interruption temporaire ou définitive de la scolarité d’un élève, avant d’avoir achevé son cycle d’études ou obtenu son diplôme. Il est généralement observé chez les enfants et adolescents (souvent âgés entre 6 et 16 ans), inscrits au primaire ou au premier cycle du secondaire.
20% des élèves du cours primaire sont touchés, selon les données de l’Agence Ecofin et des rapports nationaux sur l’éducation.
Juin 2025, le Rapport d’État du Système Éducatif National du Sénégal (RESEN), rendu public par le ministère de l’Éducation nationale, avec l’appui de l’UNESCO et de son Institut International de Planification de l’Éducation (IIPE-UNESCO), a estimé que 38% des enfants âgés de 6 à 16 ans ne sont pas scolarisés.
Une situation particulièrement préoccupante en zone rurale et dans certaines régions de l’intérieur du pays. C’est le cas à Diourbel, à Kaffrine ou encore à Matam.

La situation socio-économique du ménage de l’enfant, facteur principal de l’abandon scolaire
C’est une révélation d’un rapport de la Banque mondiale, réalisé en 2024. Le document, intitulé « Études sur les enfants déscolarisés dans la région de Dakar », établit le taux des enfants contraints à cette situation à 29%.
« En effet, face au déficit de ressources financières pour assurer une bonne scolarité (frais d’inscription, achat de fournitures), il est observé une tendance à abandonner les études. Ici, il est noté que certains enfants déscolarisés ont pris la décision d’arrêter de fréquenter l’école et de s’adonner à l’apprentissage de métiers pour saisir les opportunités économiques », précise le rapport.

L’autre facteur plus en vue reste la maladie ou encore un handicap lourd. Les spécialistes de la Banque mondiale démontrent aussi que le « manque d’intelligence » ou de concentration demeurent des causes importantes de l’abandon de l’école. Tout comme le manque de passion pour les études, l’échec à l’examen ou le redoublement, mais aussi et surtout, la décision des parents et l’influence de l’entourage.
Toujours parmi les motivations de l’abandon, il y a l’accessibilité géographique de même que l’état-civil. Des enfants indiquent aussi avoir été contraints au décrochage du fait des procédures disciplinaires, notamment la participation à des grèves et des rapports heurtés avec le personnel enseignant et administratif.
Seule une fille sur trois franchit l’école secondaire au Sénégal
Selon le Centre africain de recherche sur la population et la santé, le taux d’abandon en 2022 est de 26,7% chez les filles et 22,2% chez les garçons.
Pour l’organisation, les difficultés financières des ménages constituent l’un des obstacles à l’achèvement de la scolarité des filles et des garçons.

Ce, en dépit de l’existence de programmes gouvernementaux comme l’enseignement public gratuit jusqu’à l’âge de 16 ans et le Projet d’Appui à l’Éducation des Filles, qui fournit des uniformes scolaires.
Là où le bât blesse selon le document, c’est le coût de la scolarité, obstacle majeur pour de nombreuses familles. Elles doivent en effet payer le matériel pédagogique, le transport pour l’école tout comme l’habillement. Ces blocages poussent ainsi plusieurs parents d’élèves à privilégier l’éducation des garçons par rapport à celle des filles.
A noter que le mariage précoce chez les filles restent une cause capitale de l’abandon scolaire. Alors que l’âge légal du mariage au Sénégal est de 16 ans pour les filles et 18 pour les garçons, des familles décident tout de même, de leur propre gré, du moment où leurs filles se marient. Un phénomène devenu omniprésent dans la région de Kolda, où 68% des filles se marient avant d’avoir 18 ans.
Une autre étude, réalisée en 2019, démontre que sur 1.321 adolescentes, 78% tombent enceintes entre 12 et 18 ans. Le document prouvent en outre que parmi ces grossesses, 25,6% ont eu lieu avant que les filles n’atteignent l’âge de 15 ans.
Dans une autre étude effectuée en 2021, le Centre Africain de Recherche sur la population et la santé, révèle que les grossesses précoces ont été principalement citées dans les régions de Ziguinchor et de Sédhiou, comme étant l’origine de l’abandon de l’école par les filles.
Par Moustapha Diakhité

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