Le centre Aminata Mbaye joue un rôle primordial dans la prise en charge de la déficience intellectuelle au Sénégal. Nichée au quartier populaire de Grand-Yoff, dans la banlieue Dakaroise, cette structure offre bien plus qu’une éducation et un encadrement médical. Elle procure une place, une voix et un avenir prometteur à des jeunes adultes, dont l’état de leur enfance laissait peu d’espoir à leurs parents.
C’est le premier institut médico-éducatif spécialisé dans l’encadrement des enfants souffrant de déficience intellectuelle. Créé 2003, le centre Aminata Mbaye découle d’une initiative de l’Association Sénégalaise pour la Protection des Enfants Déficients Mentaux (ASEDEME), une ONG fondée en 1989.
23 ans après sa construction, le centre Aminata Mbaye qui repose sur un terrain de 2500 m2, constitue aujourd’hui une véritable oasis accordant aux enfants atteints de handicap intellectuel, l’opportunité de s’épanouir. L’institut accueille pour cette année scolaire, 172 élèves. Ces enfants, adolescents et jeunes adultes, ont tous en commun de naître avec cette anomalie, dont la plus fréquente est la trisomie 21.
La déficience intellectuelle est présentée comme un état et non une maladie. Il s’agit d’un trouble du développement. En 2019, l’Organisation Mondiale de la Santé estimait à plus de 200 millions, le nombre de personne vivant avec cette anomalie.
Elle est la conséquence d’un accident lors de la grossesse, de l’accouchement ou d’une maladie. En dehors de ce handicap, certains enfants présentent un trouble du spectre de l’autisme. Mais pour la majorité, leur état de santé est fragile et nécessite une vigilance accrue.
Pour accompagner les enfants faisant face à ce trouble, l’ASEDEME fait du centre Aminata Mbaye la solution. Le laboratoire au cadre à la fois distrayant et exigeant, évoluant dans la mesure de ses moyens.

« De l’éveil à l’espoir »
Construire pour chaque enfant un projet pédagogique individualisé, en symbiose avec les parents, c’est l’une des principales missions que se donne le centre Aminata Mbaye.
L’institut a établi pour se faire, une configuration pédagogique singulière. En 2025 – 2026, pour sa 22ème année scolaire, le centre scinde ses élèves en deux grands groupes. La première catégorie est dénommée « Yeewu » (éveil en français). Ce cycle est composé 98 apprenants, répartis dans 11 classes. Des élèves qui, souffrant de déficience intellectuelle à un stade avancé, arrivent dans le centre dans un état agité, déchainé ou craintif.
Mais sont vite pris en charge et intégré dans ce cycle, où ils évoluent suivant quatre sous-catégories. Ils passent en effet, de « premier pas », de « coccinelles » de « fourmis », de « termites » à « abeilles ».
Une progression d’une classe à l’autre en fonction de leur niveau d’instruction. Durant leur cursus, les apprenants participent dans la semaine à des activités de rééducation, d’apprentissage scolaire ainsi qu’à divers ateliers favorisant leur développement personnel, tel que le sport, l’expression corporelle, la psychomotricité, le jardinage ou la céramique.
L’autre grand groupe est « Yaakaar », (espoir en français). Ce cycle compte 74 élèves. Chacun d’eux est affecté à un des sept ateliers de formation que propose le centre. A savoir « Jus de fruits », « Couture débutant », « Couture production », « Espaces verts », « Céramique », « Cuisine » et « Sérigraphie ». Ces ateliers forment les élèves à des modules pratiques, tout en leur inculquant une discipline de travail.

Une préparation à l’insertion professionnelle
A travers ces activités pratiques, le centre Aminata Mbaye balise le terrain à ses apprenants en leur transmettant un savoir-faire et l’opportunité d’avoir une occupation socialisante. Ce qui leur permettra de pouvoir tirer des sources de revenus. C’est là l’un des objectifs clés du centre Aminata Mbaye après la formation : préparer ses produits à une insertion professionnelle.
Un but qui se réalise comme le témoigne les résultats générés par l’institut en 2024. En effet, 31 jeunes ont bénéficié durant cette année, de 12 Contrats à Durée Déterminée, de 12 conventions de stage, de 6 Contrats à Durée Indéterminée et d’un contrat d’intérim. Ces contrats ont permis aussi Sénégal de se hisser au premier rang des pays dans le continent africain qui offrent une insertion assurée, aux jeunes, vivant avec un handicap intellectuel.
Si le centre Aminata Mbaye est parvenu à cette prouesse, il le doit en grande partie à la qualité de son personnel. Pour accueillir, éduquer, former, assurer le bien-être et la sécurité des élèves, l’institut emploie une cinquantaine de personnes. Des encadreurs qui se distinguent par leur professionnalisme et leur implication, en dispensant une éduction exemplaire, généreuse et empreinte d’humanité.
Malgré des équipements sophistiqués et de dernière génération pour assurer l’encadrement pédagogique, le centre Aminata Mbaye n’est pas à l’abri de difficultés économiques. Avec un budget de plus de 200 millions de FCFA, l’institut est à l’heure actuelle en quête d’une reconnaissance officielle par l’Etat du Sénégal, à l’instar de l’ONG ASEDEME, afin de pouvoir bénéficier de plus de financements.
par Moustapha Diakhité


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