Ce dossier n’est pas un procès du présent. Ce n’est pas une chasse aux coupables. C’est une boussole pour l’avenir. Un rappel. Un recadrage.
Oui, les prix non décernés font mal. Oui, voir des tableaux vides, des jurys qui lèvent la main et disent “personne ne mérite”, ça fait mal à l’orgueil national. Ça fait mal aux familles. Ça fait mal à l’école. Mais ces absences prouvent une chose essentielle que personne ne veut entendre : l’exigence n’est pas morte. Tant qu’un jury refusera de brader l’excellence, de céder à la facilité et de donner un prix à une copie médiocre, l’espoir est permis. Le jour où on donnera des prix pour faire plaisir, le Concours Général sera mort.
Le Concours Général doit demeurer ce qu’il a toujours été depuis sa création : un concours de génies. Un concours d’effort. Un concours de langue. Un concours de rigueur. Il ne récompense pas la débrouille. Il récompense le travail, la lecture, la maîtrise, l’élégance de la pensée.
Alors regardons l’histoire en face. Les lauréats de 1975 n’étaient pas plus intelligents que vous. Ils n’avaient pas plus de RAM dans la tête. Ils lisaient plus. Beaucoup plus. Ils travaillaient plus. Beaucoup plus. Ils respectaient plus la langue. Ils respectaient plus l’effort. Ils respectaient plus le maître. Point. C’est tout. Pas de mystère, pas de formule magique. Juste de la sueur et des livres.
À nos enseignants : vous êtes les gardiens du temple. La première ligne. Le premier rempart contre l’abandon. Quand un élève écrit « c’vrais
» au lieu de « c’est vrai » en 2026, ce n’est pas lui seul qu’on regarde avec sévérité. C’est l’école. C’est la classe. C’est vous. Vous n’êtes pas des distributeurs de notes. Vous êtes des passeurs d’exigence.
À nos parents : l’excellence ne se délègue pas. Elle se vit à la maison aussi. Un enfant qui ne lit pas, qui ne révise pas, qui parle SMS en classe, c’est une école qui crie à l’aide. Accompagnez. Vérifiez les cahiers. Coupez les écrans. Remettez les livres.
À nos élèves : retenez ceci une fois pour toutes. L’excellence, ce n’est pas être le meilleur du monde. C’est être la meilleure version de soi, chaque jour, pour servir les autres. Le médecin excellent soigne bien. L’ingénieur excellent construit solide. Le citoyen excellent respecte la loi. C’est ça, le Concours Général. Former des gens utiles, pas des gens bruyants.
C’était l’esprit 1970-1999. L’esprit d’une école fière, d’une République qui croyait en son élite par le mérite. C’est l’esprit que Repères veut rallumer. C’est l’esprit que nous devons transmettre, génération après génération, sans complexe et sans tricherie. Pour que l’école se relève.
Jean Pierre Corréa

![[LE REGARD DU DOYEN JP] : Chers lecteurs, parents, enseignants,](https://reperesmagazine.com/wp-content/uploads/2026/07/jpon-1024x845.jpg)