Tu entends ce bruit-là ? C’est le bruit des valises qu’on ferme trop vite. Des baskets qui courent dans la cour. Des « Maîtresse, c’est l’heure ? ». C’est le mois de juillet qui arrive. Et avec lui, le mot magique : COLONIE DE VACANCES.
Ferme les yeux 2 secondes. Odeur de mer ou de brousse, draps qui sentent le soleil, chambrées à 8 lits, veillées sous les étoiles, premiers bobos au genou et premiers fous rires. Avant, on appelait ça « partir au vert ». Aujourd’hui on dirait « déconnecter ». Mais au fond, la colonie de vacances, ça n’a jamais changé de mission : apprendre la liberté en apprenant à vivre ensemble.
Alors à quoi ça servait ? Et surtout, qu’est-ce que ça apporte encore à nos gamins, à l’équité et à leur équilibre ? Attache ta casquette, on part en car.
- RETOUR VERS LE FUTUR : À QUOI SERVAIENT LES COLOS ?
Il faut remonter à après la guerre. Les villes fument encore. Les enfants sont pâles, entassés dans les immeubles. L’État et les mairies, les comités d’entreprise, l’Église aussi, se disent : « Il faut sortir ces mômes de là. Il faut du soleil, du lait, du grand air. »
Naissance officielle en France en 1936 et les congés payés. Le Front Populaire invente les vacances pour tous. Et la colo devient l’outil.
À quoi ça servait concrètement ? La colo sanitaire d’abord.
Sortir les enfants des taudis de Paris, Lyon, Marseille. Les envoyer 1 mois à la mer ou à la montagne pour « prendre des couleurs ». Des médecins pesaient les enfants à l’aller et au retour. Objectif : Prendre 2kg. C’était la santé publique version maillot de bain.
La colo éducative ensuite
Les pédagogues des années 50-70 avaient une idée géniale : et si l’école continuait mais sans tableau ? Apprendre à faire son lit. À laver son gobelet. À respecter un chef de centre. À chanter en chœur. À se taire quand un copain parle. C’était l’Instruction Civique en short. On y apprenait la République en jouant au capitaine du bateau.
La colo sociale enfin
Le fils du directeur et la fille de la femme de ménage dans la même tente. Le même goûter. Le même jeu de piste. Dans les années 60-80, la colo était l’un des seuls endroits où la mixité sociale n’était pas un slogan. C’était une réalité. 40 jours où ton nom de famille comptait moins que ta capacité à faire un nœud de chaise.
En résumé : la colo servait à 3 choses. Gonfler les poumons, muscler le caractère, et mélanger la France, puis ensuite du temps de mon enfance, le Sénégal.
- AUJOURD’HUI : UN LUXE OU UNE NÉCESSITÉ ?
Bon. On ne va pas se mentir. La colo a pris un coup. Télé, tablettes, stages de foot à 500.000 frs, peur des parents, manque de centres. Beaucoup de familles disent : « On part tous ensemble au village » ou « Il reste à la maison avec la nounou ».
Erreur. Grosse erreur.
Parce qu’aujourd’hui la colo ne sert plus à prendre du poids. Elle sert à reprendre de l’équilibre. Et ça, c’est encore plus vital.
Voici ce qu’elle apporte :
A. POUR L’ÉQUITÉ SOCIALE : L’ASCENSEUR À RÊVES
L’école est censée être égale pour tous. Mais dès 16h30, l’inégalité revient au galop. Chez certains : cours d’anglais, tennis, voyages. Chez d’autres : écran, solitude, quartier.
La colo, quand elle est bien faite et aidée, casse ça. Comment ? - Elle met tout le monde au même départ.À la colo, personne n’a sa PS5. Personne n’a sa chambre. Le fils du ministre et le fils du cordonnier mangent les mêmes haricots verts. Ils dorment sous la même moustiquaire. Pendant 15 jours, l’argent ne sert à rien. Ce qui compte c’est qui sait faire le meilleur feu de camp. C’est brutal et c’est magnifique. L’enfant découvre que la valeur d’un autre ne tient pas à ce que possèdent ses parents.
- Elle ouvre des fenêtres qu’on n’a pas à la maison.
Jamais mis les pieds à la mer ? La colo t’y emmène. Jamais fait d’escalade, de théâtre, de course de pirogue ? La colo te prête un casque et te pousse. Pour beaucoup d’enfants, surtout en banlieue ou en zone rurale, la colo est le premier voyage, la première fois qu’ils voient des étoiles sans pollution lumineuse.
C’est ça l’équité : donner à tous le droit d’avoir des « premières fois ». - Elle décompresse les familles.
Une maman solo qui bosse tout l’été, un père au chômage… envoyer son enfant 3 semaines en colo avec les aides sociales ou municipales, ou même entrepreneuriales, c’est lui offrir des vacances ET souffler. C’est un acte de justice. L’enfant part, la famille tient.
Sans les colos, les vacances creusent l’écart. Avec les colos, elles le réduisent.
B. POUR L’ÉQUILIBRE DES ENFANTS : L’ANTIDOTE AU MONDE D’AUJOURD’HUI
Nos enfants vont bien ? Oui. Mais ils sont fatigués. Fatigués d’écrans, fatigués de performance, fatigués de devoir être « parfaits ». La colo, c’est la cure de désintox. Et ça fait un bien fou. - Elle réapprend le corps.
Se lever avec le soleil. Courir pieds nus. Nager. Tomber. Se relever. Sentir la pluie. On déconnecte du virtuel pour se reconnecter au réel. Un enfant qui grimpe à un arbre apprend plus sur le courage qu’en 10 vidéos YouTube.
Le soir il est crevé. Il dort. Pour de vrai. Plus de nuits blanches devant TikTok. - Elle réapprend le lien.
Pas de « Maman ». Pas de « Papa » pendant 15 jours. Il faut se débrouiller. Demander de l’aide à un adulte qu’on ne connaît pas. Négocier avec un copain pour avoir la dernière part de gâteau.
La colo, c’est 300 micro-conflits et 300 micro-réconciliations par jour. C’est une école des émotions. On y apprend la frustration, la jalousie, la fierté, la loyauté. Un enfant qui a géré une dispute de chambrée à 10 ans sera un adulte qui saura gérer une réunion à 30 ans. - Elle réapprend l’ennui et l’imaginaire.
Le plus grand luxe de la colo : il n’y a rien à faire. Et c’est là que tout commence. On invente des cabanes. On raconte des histoires de fantômes. On regarde passer les nuages pendant 20 minutes sans culpabiliser. On soigne la maladie du siècle : l’hyperstimulation. On laisse au cerveau le temps de rêver. Et un enfant qui rêve bien, grandit bien. - Elle fabrique des citoyens.
Le conseil des enfants. Le responsable de table. La corvée de vaisselle. Le respect du règlement. C’est la République miniature. On vote, on perd, on gagne, on accepte. On vit avec des gens différents de soi. C’est exactement ce qu’on a perdu à l’école avec la disparition de l’Instruction Civique. La colo le fait sans le dire. - MAIS ATTENTION : UNE BONNE COLO, PAS N’IMPORTE LAQUELLE
Parce que oui, il y a colo et colo. La bonne colo, celle qui soigne l’équité et l’équilibre, elle a 3 ingrédients :
Des animateurs formés, pas des baby-sitters.
Des gens qui savent poser un cadre mais aussi lâcher du lest. Qui savent chanter faux et écouter vrai. De la mixité assumée. Du risque maîtrisé. Oui on peut se faire une écharde. Oui on peut pleurer le 2e soir. C’est le prix pour apprendre à être grand.
GAÏ GAÏ L’ÉCOLIER !!!
Alors voilà. La colonie de vacances ne sert plus à faire grossir les enfants. Elle sert à les faire grandir. Elle est un ascenseur social déguisé en toboggan. Elle est un psy déguisé en moniteur de voile. Elle est une école de la République déguisée en bataille d’eau. Dans 10 ans, votre enfant ne se souviendra pas de la 3e leçon de conjugaison du mois de juin. Mais il se souviendra du soir où, à 22h, dans le noir, 20 voix ont chanté faux sous la tente. Il se souviendra de l’ami à qui il ne ressemblait pas et avec qui il a partagé sa lampe torche. C’est ça la colonie.
C’est « Gai gai l’écolier ». C’est les cahiers au feu. Et c’est les maîtres, enfin, au milieu. Pas devant le tableau. Au milieu du cercle, en train de jouer. Alors cette année, envoyez vos enfants en colos. Pour l’équité. Pour l’équilibre. Pour les souvenirs. Parce que demain, ce sont les vacances. Et les plus belles vacances, ce sont celles qu’on vit à plusieurs.
Jean Pierre Corréa


![[Chronique] : GAÏ GAÏ L’ÉCOLIER : C’EST DEMAIN LES VACANCES ! Les cahiers au feu et les maîtres au milieu](https://reperesmagazine.com/wp-content/uploads/2026/08/MINICOLO5-1024x768.jpg)