L’attente du résultat des orientations post-bac via Campusen est source d’angoisse chez beaucoup de bacheliers. Baye Dieng, chef de la division Orientation et Appui psychosocial au ministère de l’Éducation nationale, élucide les raisons de ce stress. Le psychologue – conseiller appelle, par ailleurs, à une meilleure coordination entre les ministères de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de l’Emploi et de la Formation professionnelle et Technique, pour prévenir les problèmes d’orientation post-bac et de décrochage universitaire.
Pourquoi l’orientation des nouveaux bacheliers via CAMPUSEN est-elle source de stress chez beaucoup de jeunes ?
Parce que, si l’obtention du baccalauréat représente le passeport ouvrant la porte aux études supérieures, c’est la plateforme Campusen qui délivre le VISA à travers la décision d’orientation. Les jeunes savent que, sans ce visa, ils ne peuvent pas accéder au « pays de leurs rêves », c’est-à-dire la filière ou l’établissement qu’ils ambitionnent. En effet, la plateforme Campusen fonctionne sur un principe connu : le bachelier formule des vœux hiérarchisés, et un système d’affectation les répartit selon les places disponibles. Mais en tant que psychologue conseiller d’orientation, ce que je constate chez les bacheliers, c’est que l’attente du résultat des orientations post-bac via Campusen est vécue comme un verdict, pas comme une simple information administrative. Il faut avouer que c’est un évènement stressant pour le nouveau bachelier et pour les familles. Trois facteurs peuvent expliquer ce stress. D’abord, beaucoup de bacheliers formulent leurs vœux dans l’urgence et avec quelquefois des conflits de choix non résolus entre la filière qu’il souhaite suivre, les attentes professionnelles familiales et les options disponibles ou accessibles sur la plateforme. Ensuite, le stress est accentué par le fait que le résultat est publié en ligne, sans médiation humaine immédiate et institutionnalisée pour aider le jeune bachelier à la compréhension des enjeux et des opportunités qu’offre la filière d’affectation proposée par la plateforme. Enfin, certaines filières sont socialement “survalorisées” au point que ne pas y accéder est vécu par le jeune comme un échec personnel et familial, alors qu’il s’agit d’abord d’une contrainte de places disponibles.
Concrètement, comment un psychologue-conseiller accompagne un nouveau bachelier victime d’une mauvaise orientation ?
La démarche d’accompagnement peut varier d’un professionnel à un autre ; mais on peut retenir trois moments dans le protocole. D’abord, un entretien de clarification : il s’agit d’écouter sans jugement le bachelier, de le laisser exprimer ce qu’il ressent (déception, colère, sentiment d’injustice etc.) sans chercher à minimiser ces émotions, car elles sont légitimes avant tout. Ensuite, un travail de réexamen du projet d’étude : ici le conseiller d’orientation réévalue avec le jeune les intérêts professionnels, les compétences et les débouchés concrets de la filière qu’il a reçue, filières qui peut être mal connue ou caricaturée par le jeune. C’est à ce stade qu’on distingue ce qui est réellement un « fait objectif bloquant » de ce qui relève d’une mauvaise perception à corriger. Enfin, selon les cas, le conseiller explore avec le jeune les leviers institutionnels existants pour une réorientation éventuelle lorsque le maintien dans la filière reçue n’est vraiment pas viable ou souhaitable.
Qu’est-ce que les autorités doivent faire pour prévenir les problèmes d’orientation post-bac et de décrochage en premier cycle universitaire ?
Il faut d’abord reconnaître les efforts qui sont faits dans ce sens, de parts et d’autres par les services compétents. Les psychologues conseillers d’orientation des CAOSP, qui relèvent du MEN et ceux du MEFPT, organisent des rencontres avec les élèves de terminale pour leur présenter les opportunités post-bac et les stratégies de choix de carrière. De son côté, le MESRI communique directement avec les futurs bacheliers via ses propres canaux numériques. Le problème n’est donc pas l’absence d’initiatives. C’est l’absence de cadre de concertation entre les structures chargées de l’Orientation relevant des trois ministères. C’est un problème de coordination interministérielle – comme on le constate sur d’autres problématiques – pour gérer la transition Lycée – Université. A ma connaissance, les professionnels de l’Orientation du MEN et MEFPT ne sont pas formellement associés ni au choix des critères d’orientation post-bac ni au profilage des candidats ni à la gestion de la plateforme Campusen ni au suivi des nouveaux bacheliers une fois affectés. Chaque entité développe ses propres initiatives, et les rares rencontres entre acteurs restent occasionnelles et abordent la question de manière superficielle plutôt que structurelle. Je pense qu’il faut aller vers une convention formelle entre le MESRI, le MEN et le MFPT, mettre en place un texte réglementaire qui institutionnalise la coordination plutôt que de laisser une question aussi importante dépendre de la bonne volonté ou des humeurs des acteurs. À mon sens, cette convention devrait couvrir quatre volets :
– La définition concertée des critères et conditions d’orientation post-bac
– L’association des professionnels de terrain, notamment les psychologues conseillers d’orientation au profilage des candidats
– Favoriser un regard croisé et partagé sur le fonctionnement de la plateforme d’affectation
– Un suivi coordonné des bacheliers après leur orientation. Le Ministère de l’Éducation nationale devrait aussi garantir – comme on le constate dans certains pays – un créneau horaire dédié et reconnu dans le calendrier scolaire pour l’Éducation aux choix d’orientation, plutôt que de la laisser dépendre de la bonne volonté de chaque établissement. Le projet de réforme des curricula devrait prendre en compte cette problématique à mon sens.
M.D

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