Vivre avec un handicap au Sénégal est synonyme le plus souvent de marginalisation. La preuve, l’INEFJA est la seule école publique dans notre pays qui est véritablement outillée pour accueillir des non-voyants. Et si ce n’était la ténacité des personnes vivant avec un handicap visuel, l’institut qui est aujourd’hui une référence n’aurait certainement jamais vu le jour.
L’INEFJA a été créé par une association d’aveugles dirigée par feu Pape Alassane Fall dans les années 70. C’était dans un contexte marqué par la rafle d’handicapés dans la capitale sénégalaise lors de la venue d’une autorité étrangère au Sénégal.
Feu Pape Alassane Fall, le pionnier
L’idée de départ était de créer une structure d’accueil pour les personnes vivant avec un handicap à la suite de l’arrestation de plusieurs d’entre eux dans les années 70 pour polir l’image de la capitale qui était prise d’assaut par les mendiants. Feu Pape Alassane Fall, un déficient visuel résident à Thiès qui avait entendu parler de l’écriture braille voulait aller plus loin. Il pensait que les malvoyants pouvaient apprendre. Pour lui, la seule manière d’éradiquer la mendicité était de donner la chance aux non-voyants d’être instruits et de contribuer au développement de la nation. C’est ainsi qu’il a pu rencontrer en compagnie d’un de ses camarades le défunt président de la République Léopold Sédar Senghor pour parler de son projet. L’ancien chef de l’Etat leur a dit de s’organiser en groupe. Ils ont ainsi porté sur les fonts baptismaux l’Union Nationale des Aveugles du Sénégal. Le régime socialiste a décidé d’attribuer à feu Pape Alassane Fall et Cie le terrain qui abrite aujourd’hui les locaux de l’INEFJA. L’école s’appelait alors l’Institut National des Aveugles du Sénégal. Le gouvernement à travers le ministère de l’action sociale a dégagé quelques moyens en plus de l’appui de bonnes volontés. Tout cela était fait de manière informelle. Ce n’est qu’en 2020 que l’INEFJA a été institué par un décret de Macky Sall.
Sur 80 demandes d’admission cette année, une vingtaine acceptée
L’INEFJA est aujourd’hui un institut à caractère internat. Il accueille 160 pensionnaires répartis entre l’élémentaire et le moyen-secondaire. Cette année, il y a eu 80 demandes d’admission. 9 ont été acceptées pour l’élémentaire, 10 pour la formation professionnelle et 6 pour ce qui est des grands commencements. Ces derniers sont les élèves qui voyaient normalement et qui sont devenus aveugles du jour au lendemain. Si les élèves des classes élémentaires font leurs cours à l’institut, ceux qui ont atteint le cycle secondaire vont dans les collèges Idrissa Diop, Amadou Coly Diop et Ousmane Ngom ou intègrent les lycées Malick Sy et Jules Sagna. Des bus les y amènent tous les jours ouvrables. Ces établissements qui sont tous au niveau de la ville de Thiès ont une convention avec l’institut qui forme aussi ses pensionnaires à trois métiers que sont la fabrication de balais, de serpillières et le métier de standardiste. Pour permettre à ses pensionnaires d’être à jour concernant le programme, l’école a des professeurs qui viennent durant les heures creuses pour donner des cours de renforcement dans presque toutes les disciplines. En outre, les élèves sont logés, nourris, blanchis.
L’Institut national d’Education et de Formation des Jeunes Aveugles a aujourd’hui fait ses preuves. Chaque année, des pensionnaires de l’établissement décrochent le baccalauréat avec une mention. En 2025, une élève a été même primée lors du concours général. Malgré toutes ses prouesses, l’INEFJA fait figure encore de parent pauvre alors que la demande est très forte. Et qui plus est, le manque de formation du corps professoral des collèges, lycées et universités pour la prise en compte des besoins spécifiques de cette cible compromet leur avenir. Ainsi, la seule option qui s’offre pour la plupart d’entre eux est d’aller poursuivre leurs études à l’étranger en France notamment. L’actuel directeur pointe également du doigt le manque de matériel comme des enregistreurs -l’école n’en a qu’une dizaine- pour faciliter particulièrement la tâche aux 23 élèves qui font la terminale. Par ailleurs, il faut noter l’obsolescence du dispositif de formation avec des métiers à diversifier et à moderniser.
