A l’origine, la politique d’octroi des bourses au Sénégal était sélective et limitée. La priorité était donnée aux étudiants méritants ou devant poursuivre leurs études hors du pays. Le mouvement étudiant de 1968 marque cependant une date charnière. Les autorités, pour faire face aux tensions liées à l’augmentation des effectifs et aux contraintes budgétaires, ont été obligées de formaliser le cadre administratif des allocations d’études. Il faudra néanmoins attendre jusqu’en 2014 pour avoir enfin un cadre juridique principal qui encadre les allocations d’études dans l’enseignement supérieur.
Les bourses d’études au Sénégal étaient, après les indépendances, réservées à une élite. Ce qui pouvait se comprendre puisque le système hérité de la colonisation n’avait permis jusque-là qu’à une infime partie de la population d’avoir la chance de fréquenter l’école. Les effectifs de l’université ont, cependant, commencé à croître à la suite de l’accession de notre pays à la souveraineté internationale. Ce qui va déboucher sur le mouvement étudiant de 1968 contre notamment une réforme du baccalauréat qui diminuait les bourses d’études des étudiants.
Les manifestations estudiantines de 1968, un tournant
La contestation de mai 1968 a fait chanceler le pouvoir de feu Léopold Sédar Senghor. Ses successeurs, conscients que la question des allocations d’études peut provoquer des tensions sociales à même de faire tomber leur régime, vont ainsi tenter d’anticiper les futurs problèmes en essayant de formaliser le cadre administratif. Le président Abdou Diouf, qui sera confronté au même problème dans les années 90, va, de ce fait, prendre le décret D/92/014 du 4 janvier 1992 portant attribution des bourses d’études supérieures pour l’année 1991-1992 à des personnes nommément désignées selon les crédits inscrits au budget de l’Etat. C’est sous le magistère d’Abdoulaye Wade que l’arrêté numéro 9340 du 26 octobre 2010 crée la commission nationale d’attribution des bourses sociales. Il faudra attendre jusqu’en 2014 avec l’avènement de Macky Sall au pouvoir pour avoir un cadre normatif global dans un contexte marqué par la contestation estudiantine qui va découler sur la mort de Bassirou Faye le 14 août.
Le décret numéro 2014-963 du 12 août 2014, texte de référence
Le décret numéro 2014-963 du 12 août 2014 constitue aujourd’hui le texte de référence structurant le régime juridique des bourses universitaires au Sénégal. Il marque un tournant dans la gouvernance des allocations d’études dans notre pays avec un cadre normatif structuré et unifié. Il y a eu dès lors une différence fondamentale dans la démarche qui se basait surtout sur des pratiques administratives, des textes dispersés et des arrêtés ministériels. Il consacre deux commissions : la commission compétente pour l’attribution et le renouvellement des bourses d’excellence, des bourses pédagogiques, des bourses de mobilité et des bourses de coopération et la commission compétente pour l’attribution et le renouvellement des bourses sociales et des aides. Avec son entrée en vigueur, la bourse n’est plus quasi automatique mais elle est désormais soumise à des critères académiques et sociaux clairement définis.
C’est le décret de 2014 qui est aujourd’hui remis en question. Le moment est-il venu de le réformer ? L’Etat veut un texte adapté qui permet de mieux gérer les ressources qu’il mobilise chaque année pour le paiement des bourses et motiver l’excellence dans nos universités. En 2025, environ 105 milliards de FCFA ont été mobilisés pour les bourses contre plus de 90 milliards déboursés en 2024.
