C’est un examen du Baccalauréat qui se tient cette année dans un contexte particulier, marqué entre autres, par des grèves répétées et un retard dans le programme dans certains établissements scolaires publics. Malgré leurs excellents résultats obtenus lors de leurs devoirs et compositions, les majors en classe de terminale sont partagés entre optimisme et pessimisme. A deux semaines Bac, ces élèves consacraient leurs temps libres à des révisions intensives mais aussi à la solidarité, pour appuyer leurs camarades de classe.
Le parvis du lycée Sergent Malamine Camara de Dakar perd son effervescence habituelle à deux semaines du Baccalauréat général. En cette période de fin d’année scolaire, Seuls les élèves en classe d’examen entrent et sortent de l’établissement. Des visages sereins et fermes, couverts par la poussière et la fumée découlant des pots d’échappement des quelques véhicules qui passent. Les esprits orientés vers l’horizon : Le 30 juin 2026, jour du démarrage du Bac Général.
A l’intérieur de l’école, il faut marcher, sous les arbres, une cinquantaine de mètres pour toucher le fond, l’imposant Bâtiment C, quartier général des élèves en classe de terminale. De l’ombre des feuillages, cap ici sous un soleil de plomb, qui laisse peu de chances à Fatoumata Bodian de se mettre à couvert pour profiter de sa pause.
« J’ai fini le programme bien avant l’école »
Au milieu de ses camarades en série L2, l’élève qui est au début de ses vingtaines revoit ses toutes dernières notes avant son prochain cours de Mathématiques. Derrière son sourire, la jeune voilée, un des meilleurs élèves de sa classe dissimule une angoisse, celle de devoir faire face aux épreuves du Baccalauréat. « On n’est jamais prêt pour le Bac mais il faut qu’à même y aller. Il ne faut ni lâcher ni se fixer une limite », dit-elle, la mine rassurée.
Au moment où plusieurs de ses camarades peinent à être à jour, Fatoumata Bodian a, elle, réussit à prendre les devants. La passionnée de Français et d’Histoire-Géographie suivait des cours de renforcement durant ses heures libres. Ce qui lui a permis de prendre de l’avance. « Les cours de renforcements m’ont beaucoup aidé, surtout avec les matières dominantes que sont le Français, la Philosophie et l’Histoire-Géographie. Du coup j’ai fini les programmes bien avant l’école », précise Bodian.
« Nous savons aussi ce qui nous attend et ce que nous devons faire »
Non loin d’elle, un groupe d’élève vient de prendre sa pause pour une demi-heure avant la reprise. Entre discussions, révisions et chamailleries, sous un arbre où s’exhalent les saveurs des sandwichs, la bande à Seynabou Diop débat sur leurs dernières leçons au programme. Celle-ci est présentée comme l’un des élèves exemplaires du lycée en Terminale.
Responsable de sa classe en Série L2, la jeune aux lunettes beige jaunâtre tentant d’étouffer sa timidité, étale sa motivation. « Le Bac là, on va le faire et on va l’avoir Inch’Allah. Parce que nous avons beaucoup de rêves que l’on veut réaliser. Nous savons aussi ce qui nous attend et ce que nous devons faire », martèle-t-elle.
Bien qu’optimiste, Seynabou Diop compte fournir davantage d’énergie pour espérer figurer parmi les meilleurs au Bac. Durant ses moments libres, elle se focalise sur les matières qui alimentent le plus « sa crainte ». « Ah la Philosophie et l’Histoire-Géographie ! Ce sont les deux matières où l’on peut en savoir beaucoup, mais une fois devant la copie de l’épreuve, lors d’un devoir ou en composition, on se perd dès fois. On pense bien comprendre après un cours ou pendant les exercices. Mais en réalité, il reste toujours des zones d’ombres », confie-t-elle.
S’exercer tout le temps, c’est la méthode de Fatoumata Bodian pour espérer s’en sortir. « Pour le moment je ne fais que m’exercer avant le Bac. Si vous voulez avancer, peu importe que le prof ait terminé le programme ou pas, il faut faire des exercices et se préparer à tout. Il ne faut surtout pas exclure une leçon sous prétexte qu’elle ne sortira pas le jour du Bac. Il faut faire recours aux épreuves des années passées pour s’exercer. Ce qui permettra d’être prêt à affronter les épreuves », professe-t-elle avec assurance.
« L’année a été très difficile »
Face à une année scolaire perturbée, agitée par les mots d’ordre grève répétés des syndicats d’enseignants, nombreux sont les élèves en classe de Terminale du lycée Sergent Malamine Camara qui se trouvent déboussolés. La principale inquiétude reste le fait de ne pas pouvoir achever le programme avant les épreuves du Bac. Mais dans ce contexte particulier, la solidarité s’organise dans ce lycée. Les plus doués se donnent la main pour appuyer les moins. « L’année a été très difficile surtout pour les élèves en classe de terminale, la série L2 en particulier. La grève des profs a perturbé l’année scolaire. En plus, dans ma classe, certains élèves ont été orientés vers d’autres classes en décembre, ce qui a chamboulé leurs débuts. Ils ont accusé beaucoup de retard et ont eu du mal à s’adapter et être à jour. Mais tout cela ne doit pas nous freiner. Nous devons pouvoir nous soutenir nous-mêmes pour nous en sortir », soutient-elle.
Seynabou Diop pour sa part expose sa peine pour ses camarades de classe encore en retard par rapport au programme. « Nous savons tous ce qui s’est passé dans le pays dernièrement, allant des tensions à l’université de Dakar aux grèves des syndicats d’enseignants. Ce qui a fait que les professeurs ont repris tardivement. Beaucoup d’élèves se plaignent toujours de cette situation ».
En bonne « mère de famille », la responsable de classe lance un appel aux autorités en charge de l’organisation de l’examen. Elle sollicite une prise en compte des perturbations de l’année scolaire dans la proposition des sujets au Bac. « Nous avons fourni beaucoup d’efforts de la sixième à la Terminale. Là où nous sommes, notre seul et unique rêve est de franchir cette étape pour entrer à l’université. Nous appelons ainsi les autorités compétentes à penser aux nombreuses perturbations au cours de l’année scolaire », lance-t-elle.
Par Moustapha Diakhité

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