Pour bon nombre d’étudiants inscrits dans les instituts de formation professionnelle privée, décrocher son diplôme devient un grand fardeau. Avec le non-agrément de 90 instituts de formation, l’insertion professionnelle devient un véritable parcours de combattant, la reconnaissance du sésame faisant défaut.
« Ce qui m’a poussé à intégrer cette école, c’est avant tout mon envie de poursuivre mes études après l’obtention du baccalauréat et de commencer une nouvelle étape de ma vie », c’est en ces termes que Fatima Eileen Traoré décrit ses ambitions avant ses études supérieures. Agée 18 ans à l’époque, l’ancienne étudiante dans un institut de formation privée, basée sur la Voie de Dégagement Nord (VDN) à Dakar, se disait enthousiaste de découvrir le monde universitaire.
« J’avais beaucoup d’ambition et j’avais hâte de porter cette nouvelle dynamique. J’avais hâte de porter cette nouvelle identité d’étudiante, avec tout ce que cela représentait pour moi à cette époque », relate-t-elle.
Journalisme et métiers de l’information, c’était la filière choisie par Fatima Eileen Traoré lors de son intégration dans l’établissement en 2019. « Pendant cette période, j’ai été accompagnée par une structure qui proposait des bourses d’études. Ce sont eux qui m’ont orientée vers cette école et qui m’ont vivement encouragée à la choisir. Ils m’en ont présenté une image très positive, en mettant en avant la qualité de la formation et les opportunités qu’elle pouvait offrir ».
Après 3 ans années de formation, Fatima termine sa formation. Mais était loin d’imaginer la surprise qui allait se présenter à elle. Le précieux sésame, fruit de son cursus, n’était pas officiellement reconnu par l’État du Sénégal.
Évoquant le sentiment qu’elle nourrissait au moment des faits, Fatima n’avait qu’un seul mot en tête « déception ». «Je n’en avais pas la certitude. J’avais entendu quelques échos et certaines personnes évoquaient des doutes sur la reconnaissance du diplôme. En plus, je ne savais pas comment vérifier officiellement cette information. A l’époque je faisais confiance à l’école et aux personnes qui m’avaient orientée, d’autant plus que rien, dans mon parcours ou dans les enseignements dispensés, ne laissait penser que le diplôme pouvait ne pas être reconnu par l’État », raconte Fatima Eileen Traoré.

« J’ai atteint la somme d’un million de FCFA ou plus »
Tout comme elle, El Hadj Nguissaly Sarr Ndong ne digère toujours pas sa frustration après sa formation dans un autre EPES situé dans la capitale. Le natif de Diourbel confie avoir dépensé une forte somme d’argent pour financer sa formation.
« J’ai investi la somme d’un million de FCFA ou plus. Parce que la 1ère et la 2ème année, les frais d’inscription sont fixés à 250 000 FCFA. Soit 210 000 FCFA pour la formation et 40 000 FCFA pour la tenue. En 3ème année, l’inscription s’élevait à 300 000 FCFA du fait de la soutenance. A cela s’ajoutent mon transport, l’achat de fascicule et le tirage de mes documents », explique-t-il.
A l’en croire, son diplôme n’a pas été reconnu par le Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES). Une situation qui compromet ses chances d’obtention d’une prescription à l’étranger pour poursuivre ses études.
Quant à elle, Fatima Eileen Traoré, n’a pas baissé les bras. Elle est parvenue à se relever et s’adapter, avant de trouver d’autres opportunités d’emplois. Aujourd’hui, elle est conseillère clientèle dans une société de la place. “J’ai continué à évoluer professionnellement en m’appuyant sur des connaissances…Un poste qui me permet de mettre en pratique plusieurs compétences développées durant ma formation, notamment la communication”, certifie Fatima Eileen Traoré.

« Si nous ne sommes pas en règle et que nous ne sommes pas fermés, cela voudrait dire que les autorités ne font pas leur travail »
Contacté par REPERES, l’établissement privé en question, sise sur la VDN, dément toute informations faisant état de sa non-reconnaissance par l’État du Sénégal.
Le responsable de la communication soutient que l’institut, créé en 2018, a obtenu un agrément provisoire et une habilitation institutionnelle.
« Nous sommes à jour avec le ministère de la Santé, le ministère de la Formation professionnelle et le ministère de l’Enseignement supérieur de la recherche et de l’innovation. Si nous ne sommes pas en règle et que nous ne sommes pas fermés, cela voudrait dire que les autorités ne font pas leur travail », martèle Souveibou Sagna.
Alors que le Sénégal compte plus de 318 établissements privés d’enseignement supérieur, c’est une compétition « rude » qui se joue entre instituts de formation. Une situation que déplore M. Sagna.
« Il faut savoir que dans un établissement, il y a des étudiants qui apprennent mais qui ne terminent pas leur formation. Ils quittent pour aller ailleurs. Et une fois dans un autre établissement, il se mettent à dénigrer leur école d’origine pour faire la promotion de là où ils sont maintenant. Il faut prendre en compte ces critères-là pour éviter ce qu’on appelle la manipulation » met-il en garde.
Moustapha Diakhité

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