Chaque année, les grandes vacances nous promettent la même chose : du temps. Du temps pour apprendre.
Pour grandir. Pour devenir adulte. En 2026, ce temps-là a été coupé en deux. Net.
D’un côté la Learning Academy. De l’autre la Leumbeul Academy. Et au milieu, nos enfants. Comme une balle de ping-pong.
LEARNING ACADEMY : ON FORME POUR CONSTRUIRE.
Avec les JOJ, le COJOJ a fait un pari de courage : Ne pas seulement recevoir le monde en 2026, mais être à la hauteur quand il arrivera. Résultat : la Learning Academy.
Des milliers de jeunes formés. Pour de vrai. Hôtellerie, sécurité, communication, digital, événementiel, langues, entrepreneuriat. Des métiers. Des certificats.
De la sueur. De la fierté. J’ai vu des filles de 19 ans parler anglais devant 300 personnes sans trembler. J’ai vu des garçons de banlieue gérer la logistique d’un site comme des chefs d’opérations.
En juin ils cherchaient un sens. En septembre ils cherchent un emploi. Voilà l’esprit JOJ : transformer le spectateur en acteur.
La Learning Academy dit une chose simple à la jeunesse :
« Ton pays croit en toi. Voici les outils. Maintenant, bâtis. » C’est cher. C’est long. C’est exigeant. C’est pour ça que c’est sérieux.
Et surtout, c’est mesurable. On sait combien de jeunes formés. On sait dans quels métiers. On sait qui a été recruté par les hôtels, les agences, les sites olympiques. On rend compte. On justifie chaque franc. C’est ça, la gouvernance.
LEUMBEUL ACADEMY : ON DÉFORME AU NOM DU DIVERTISSEMENT.
Et puis il y a l’autre « académie ». Celle qui n’a ni programme, ni prof, ni diplôme. Celle qui a juste une sono à 10 millions et un DJ qui crie « lève la main ».
La Leumbeul Academy ouvre partout. Dans nos quartiers. Parfois avec le logo de la mairie dessus. Parfois même subventionnée. Avec l’argent du contribuable. L’argent de l’école. L’argent du forage. Je ne fais pas le père-la-pudeur.
La jeunesse a droit à la joie. Notre culture danse, et elle danse bien. Mais quand on met des enfants de 10 ans devant des chorégraphies à connotation sexuelle explicite…
Quand on remplace la politique de jeunesse par un set de 4 heures… Quand nos gamins filment, imitent, ricanent, et repartent avec ça comme seul souvenir de leurs vacances…Il faut arrêter de faire semblant.
Appelons un chat un chat : ce n’est pas du divertissement. C’est de l’abandon. Le pire ? On nous vend ça comme une politique culturelle. Comme si faire danser des gamins devant un podium était un projet de société. Comme si ambiance rimait avec avenir.
C’est plus facile de payer un DJ que de payer un formateur. Plus facile de faire bouger les corps que de faire travailler les têtes. Plus facile de prendre une photo avec des jeunes qui dansent que de prendre un rapport avec des jeunes qui réussissent.
La Leumbeul Academy ne délivre aucun diplôme. Elle ne forme à aucun métier. Son seul bulletin de notes, c’est le nombre de vues TikTok. Son seul débouché, c’est le prochain set.
Bilan : des jeunes plus confus, plus exposés, plus livrés à eux-mêmes. Et des adultes plus déresponsabilisés. Bravo le travail.
L’hypocrisie qui coûte cher.
Ne nous mentons pas. Derrière la Leumbeul Academy, il y a un business. Celui des prestataires de son, de lumière, de sécurité. Celui des tee-shirts, des affiches, des couvertures médiatiques. On dépense des millions pour 3 heures de bruit. Et on dit qu’il n’y a pas d’argent pour un centre de formation.
On trouve 5 millions pour un artiste. Et on dit qu’il faut attendre le budget pour payer un professeur d’anglais. C’est ça qui est indécent. Ce n’est pas la danse. C’est le choix. Le choix politique de préférer l’éphémère au durable.
Mesdames et messieurs les décideurs.
Les vacances ne sont pas un trou noir qu’on remplit avec du bruit. Ce sont 3 mois. 90 jours. Pour éduquer. Pour orienter. Pour structurer. Oui, on peut faire danser les jeunes. Mais apprenons-leur d’abord à se tenir debout.
Oui, on peut leur offrir de la musique. Mais offrons-leur d’abord un métier. Il faut choisir. Entre la Learning Academy qui forme. Et la Leumbeul Academy qui déforme. Entre celle qui prépare à la vie. Et celle qui occupe le temps en attendant que la vie passe.
Le Sénégal n’a pas besoin d’une génération qui sait juste bouger. Il a besoin d’une génération qui sait construire. Qui sait calculer. Qui sait coder. Qui sait entreprendre. Qui sait porter un pays. Alors aux maires, aux partenaires, aux associations : Vous avez le budget.
Vous avez la responsabilité. Vous avez le pouvoir de dire non aux gadgets et oui aux compétences. Ne gâchez pas nos enfants pour faire joli sur une affiche.
Le choix est simple : On investit dans des compétences. Ou on investit dans des regrets.
Jean Pierre Corréa

![[Chronique] Le Regard du Doyen JP/ Entre Learning Academy et « Leumbeul Academy » : Quelles vacances pour notre jeunesse ?](https://reperesmagazine.com/wp-content/uploads/2026/07/jpon-1024x845.jpg)