Le 31 octobre 2026, quand la flamme olympique entrera au stade pour l’ouverture des JOJ, le Sénégal aura une pensée pour celles et ceux qui, longtemps avant, l’avaient déjà portée. Parmi eux, une femme. Une cheftaine. Une médecin. Une ministre. Le Docteur Marie-Louise Corréa. Akéla. Il y a des vies qui ne choisissent pas leur chemin. Elles le reçoivent. Et elles l’honorent.
Marie-Louise naît le 26 novembre 1943 à Ziguinchor. Fille de Daniel Corréa, éducateur, bâtisseur de mouvements de jeunesse. Et d’Antoinette Carrère. Dans cette maison, on ne parle pas seulement de devoirs. On les vit. Le père pose les premiers jalons du scoutisme au Sénégal. La fille ramasse la torche. Sans le savoir. A 12 ans, elle est déjà cheftaine des Âmes Vaillantes au Lycée Faidherbe. Puis au Lycée Van Vollenhoven. Puis à la JEC. Puis à la Cathédrale de Dakar, où elle dirige une meute de louveteaux. Akela. Le chef de meute. Celui qui veille, qui protège, qui apprend à marcher droit. Le nom lui va. Il lui collera à la peau toute sa vie. Le 11 avril 1968, son père s’éteint. En pleine Semaine Nationale de la Jeunesse, qu’il avait contribué à créer. Le Président Senghor interrompt la semaine en son hommage. Marie-Louise retient la leçon : servir la jeunesse, c’est un sacerdoce. Et parfois, ça coûte. Elle ne lâche rien.

De 1983 à 1998, elle préside le Scoutisme Sénégalais et le Scoutisme Africain. En 1999, à Durban, elle entre au Comité Mondial. Présidente de la Région Afrique. Puis membre du Comité Mondial. Et en juillet 2002, à Thessalonique, l’histoire bascule : Marie-Louise Corréa est élue Présidente du Comité Mondial du Scoutisme. Première femme. Première Africaine noire. A la tête de 40 millions de scouts dans le monde. Le monde du scoutisme lui dit merci.
Le monde olympique aussi. En août 2004, à Athènes, pour l’ouverture des Jeux de la XXVIIIe Olympiade, on lui tend la Torche. Pas par hasard. En reconnaissance de l’apport du mouvement scout et de ses idéaux au mouvement olympique qui œuvre pour la paix et la compréhension dans le monde. Elle court. Le cœur battant. La flamme haute. Une femme sénégalaise portant la lumière de l’universel. Le souvenir l’émeut encore aujourd’hui. Parce que Marie-Louise Corréa, ce n’est pas qu’une cheftaine. C’est aussi une femme de science et d’État. Médecin généraliste. Thèse brillamment soutenue le 13 juillet 1976 sous la direction du Professeur Marc Sankalé. Puis ministre de la Recherche et de la Technologie en 1995. Puis ministre du Travail et de la Fonction Publique en 1998, sous Abdou Diouf. Toujours la même exigence. Toujours le même service. Grande Croix de l’Ordre National du Lion. Officier de la Légion d’Honneur Française.
Marraine de la Semaine Nationale de la Jeunesse en 2015 au stade Iba Mar Diop. Devant des milliers de jeunes, elle lance cet appel :
« J’exhorte les jeunes à entreprendre une nouvelle citoyenneté autour des valeurs éducatives ». Le thème : « La citoyenneté des jeunes pour un Sénégal émergent ». Elle y croit. Elle le répète : redéfinir l’engagement pour mieux agir. En dehors de son père, ses repères s’appellent Senghor, Abdou Diouf, Jean-Paul II. Des hommes d’ouverture. Des hommes de jeunesse. Elle élève aussi ses quatre enfants. Avec la même main ferme et douce. Parce que chez elle, la vie publique et la vie privée ne se contredisent jamais. Elles se répondent.

SON VIATIQUE.
Trois piliers. Comme au scoutisme.
Devoirs envers Dieu. Devoirs envers Autrui. Devoirs envers soi-même.
Et quatre boussoles qu’elle transmet :
L’Autonomie : pour choisir.
La Solidarité : pour penser aux autres.
La Responsabilité : pour assumer.
L’Engagement : pour tenir debout.
Aujourd’hui, le COJOJ souhaite l’honorer.
Parce qu’avant les JOJ, il y avait déjà des femmes qui portaient la flamme. La flamme de l’éducation, qui s’allume dans les cœurs, pour y déposer empathie et tolérance. La flamme de la paix. La flamme de la jeunesse.
Marie-Louise Corréa a 82 ans.
Mais regardez-la : elle a le sourire de ses 20 ans. Celui de celle qui n’a jamais cessé d’être jeune, parce qu’elle n’a jamais cessé de croire en la jeunesse. « Scout un jour, scout toujours », dit-on. Chez elle, on dirait : « Akéla pour toujours ». Le 31 octobre, quand la flamme passera, souvenons-nous de celle qui l’a portée à Athènes. Pour nous rappeler que les Jeux ne commencent pas dans un stade. Ils commencent dans une meute. Dans une classe. Dans un cœur. Docteur Marie-Louise Corréa. Une vie de devoirs. Une vie de lumière.
Jean Pierre Corréa

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