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Accueil » Crise éducative: la non tenue des réunions du comité de suivi des accords dénoncée par Cheikh Mbow
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Crise éducative: la non tenue des réunions du comité de suivi des accords dénoncée par Cheikh Mbow

adminParadminavril 14, 2026Mis à jour :avril 14, 2026Aucun commentaire6 mins de lecture
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Dans cet entretien exclusif accordé au magazine Repères, Cheikh MBOW se prononce sur la grève des enseignants, la réforme de l’entrée en sixième et les recommandations issues des assises de l’enseignement supérieur. Pour le Directeur exécutif de la Coalition des Organisations en Synergie pour la Défense de l’Education Publique, le droit, à lui seul, ne suffit pas à régler une crise. Il préconise d’instaurer un climat de dialogue et de confiance pour sauver l’année scolaire et universitaire.

Pensez-vous que la grève des enseignants est justifiée ?

« Ils justifient la légitimité de leur grève par la léthargie du comité de suivi des accords de février 2022 pour lequel nous assurons la vice-présidence. Si le comité se réunissait périodiquement, cela nous aurait certainement épargné de ces turbulences. La non-tenue à temps des rencontres sectorielles est aussi un argument qui vient renforcer leur posture ; ces rencontres auraient aidé à adresser des engagements pris par exemple, avec l’urbanisme, les finances, etc. »

Depuis quand le comité s’est réuni pour la dernière fois et pourquoi ?

« Les rencontres du comité devaient se tenir tous les deux mois sur convocation de son président qui est le Ministre de la Fonction publique. Seules deux ou trois réunions ont eu lieu depuis la mise du pied du comité. Le gouvernement se focalise plus sur le comité de pilotage du pacte social. Or, c’est un pacte entre le Gouvernement, le patronat et les centrales syndicales. Alors que plusieurs syndicats ne sont affiliés à aucune centrale syndicale. Donc, ils ne sentent pas concernés par le pacte. D’autres sont certes membres de centrales syndicales mais ils avaient fustigé le pacte. Il est important donc d’avoir un dispositif de suivi sectoriel. »

Quel est votre avis sur la ponction des salaires ?

« Sur le plan du droit, l’État peut considérer qu’un jour non travaillé ne peut pas être rémunéré, tandis que les enseignants disposent également du droit constitutionnel de grève. Mais le droit, à lui seul, ne suffit pas à régler une crise aussi sensible. Les ponctions peuvent durcir les positions et radicaliser les acteurs, alors que nous avons besoin d’apaisement et de dialogue. »

Les enseignants ont décidé de dérouler un nouveau plan d’actions malgré les ponctions de salaires. S’achemine –t-on vers une année blanche ? 

« Parler d’année blanche à ce stade serait prématuré. Le Sénégal a déjà traversé des moments de tension dans le système éducatif et, grâce aux efforts conjoints des acteurs, l’année scolaire a pu être sauvée. Toutefois, la situation reste préoccupante avec plus de 150 heures déjà perdues combinées à la quinzaine de jours de fête à venir (ndlr : les fêtes de Pacques), en plus du boycott des évaluations qui fragilise la régulation pédagogique. »

Quelles solutions pour sortir de la crise ?

« Il est essentiel que le gouvernement et les syndicats d’enseignants se retrouvent autour d’une table, en présence de facilitateurs crédibles, pour acter les efforts consentis et identifier des perspectives réalistes sur les points d’achoppement.Un accord minimal et immédiat doit être signé pour recréer la confiance et garantir le retour au fonctionnement normal de l’institution scolaire.

« Face à la complexité de la situation, le Chef de l’Etat pourrait échanger directement avec la communauté éducative afin d’apaiser les tensions. »

Ensuite, il faut restaurer la confiance. Cela passe par une communication institutionnelle responsable, transparente et régulière mais aussi des réponses politiques portées par les plus hautes autorités pour rassurer les acteurs et partenaires.Face à la complexité de la situation, le Chef de l’Etat pourrait échanger directement avec la communauté éducative afin d’apaiser les tensions. De même, le Premier Ministre pourrait conduire personnellement le dispositif de monitoring, en tant que coordonnateur de l’action gouvernementale.

Enfin, il faut privilégier l’apaisement, dans la période. »

Le système éducatif est miné depuis plusieurs années par des grèves. Qu’est ce qui explique cette situation selon vous ?

« Les grèves récurrentes dans le système éducatif s’expliquent par plusieurs facteurs. D’abord, il y a des revendications liées aux conditions de travail des enseignants, à la gestion des carrières, à l’application d’accords signés avec l’État, à l’exigence de plus de justice dans le traitement des agents de l’Etat. Lorsque ces questions ne trouvent pas de solutions profondes, elles reviennent régulièrement dans l’espace de négociation.

Ensuite, il y a aussi un problème structurel de gouvernance du système éducatif. Souvent, les crises, impliquant plusieurs ministères, sont gérées dans l’urgence plutôt que dans l’anticipation, ce qui fait que les tensions s’accumulent au fil des années.

Par ailleurs, le dialogue social n’est pas toujours suffisamment régulier et efficace. Lorsqu’il y a un déficit de confiance entre les acteurs, les conflits ont tendance à se répéter. C’est pourquoi il est important, au-delà de la gestion ponctuelle des crises, d’engager des réformes plus profondes pour stabiliser durablement le système éducatif et garantir la continuité des enseignements-apprentissages. »

L’université aussi n’est pas épargnée par les crises. Que pensez-vous de la réforme du décret de 2014 voulue par les nouvelles autorités ?

« L’expérience montre que les réformes imposées sans concertation peuvent créer de nouvelles tensions. Il est donc important, dans tout le processus, d’impliquer les enseignants, les étudiants, les autorités universitaires et les partenaires afin de construire un consensus. L’enjeu, au-delà du décret, est de renforcer durablement le système d’enseignement supérieur au Sénégal, pour qu’il puisse répondre aux attentes des jeunes et aux besoins de développement du pays. »

Vous avez assisté à la présentation des 80 recommandations issues du rapport sur la réforme de l’enseignement supérieur. Qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur la teneur des recommandations ?

« Elles abordent des questions essentielles comme la gouvernance des universités, la qualité de l’enseignement et de la recherche, le financement du secteur, mais aussi l’adéquation entre les formations et les besoins du marché de l’emploi. Ce qui ressort également, c’est la volonté de moderniser le système universitaire pour mieux répondre aux réalités actuelles, notamment la massification des effectifs, la nécessité d’innover dans les méthodes d’apprentissage et le renforcement du lien entre l’université et le développement économique et social du pays.

« La réforme de l’enseignement supérieur ne peut réussir que si elle est portée collectivement et si elle s’inscrit dans une vision claire de l’avenir de l’université sénégalaise. »

Mais au-delà du contenu des recommandations, la question centrale reste celle de leur mise en œuvre, en bonne articulation avec les autres secteurs. L’expérience montre que plusieurs concertations ont produit des propositions pertinentes par le passé, sans toujours déboucher sur des réformes concrètes ou durables. »

Que pensez-vous de la réforme de l’entrée en sixième ?

« Il faut reconnaitre que le concours d’entrée en 6ème n’était plus ce concours sélectif au bout duquel l’on retenait les meilleurs. Aujourd’hui, l’on trouve bon nombre d’élèves en 6ème sans le niveau requis. Avec cette réforme, le critère de sélection n’est plus un « quota » de places disponibles au niveau national, mais la réussite à l’examen du CFEE et la performance dans le cycle élémentaire. La Coalition plaide pour que soit restitué aux enseignants le pouvoir de décider, au plan pédagogique, du parcours de leurs élèves. »

Cheikh Mbow enseignants G7 grève
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