On retiendra les chronos, les médailles et la flamme. Mais le vrai score de Dakar 2026 ne se jouera pas sur la piste de Diamniadio. Il se jouera dans les CV.
Pour la première fois, des Jeux Olympiques ont été pensés au Sénégal non comme une dépense, mais comme une école à ciel ouvert.

1. LA LEARNING ACADEMY : L’USINE À CHAMPIONS DE L’OMBRE
C’est le projet le moins photographié, le plus important.
Pendant deux ans, le CIO et le COJOJ ont formé 400 jeunes de 30 pays africains. Pas des athlètes. Des professionnels. Des jeunes managers d’événements, des logisticiens, des responsables de protocole, des experts en broadcast, en cybersécurité des stades.
On les appelle les Game Makers. Leur diplôme n’est pas une médaille en chocolat. C’est une certification internationale. Demain, ils organiseront la CAN, les Jeux Africains, les sommets internationaux. L’Afrique ne louera plus ses experts à l’étranger. Elle les aura formés ici, à Dakar.
C’est une révolution silencieuse : l’Afrique qui accueille le monde cesse d’importer le savoir-faire.
2. 2 000 VISAGES, 2 000 MÉTIERS : LE VOLONTARIAT COMME PREMIER EMPLOI

Ils ont 19, 22, 25 ans. Ils viennent de Bambey, de Pikine, de Kolda. Ils sont les 2 000 volontaires de Dakar 2026.
Pendant six mois, ils ont été formés : anglais fonctionnel, secourisme, accueil VIP, gestion des flux, maintenance des équipements sportifs. Pour beaucoup, c’était leur première formation certifiante après l’école.
Ce que le public verra comme un sourire à l’entrée d’un stade est en réalité un métier. Agent d’accueil événementiel. Stadier certifié. Opérateur logistique. Ce sont des métiers qui n’existaient presque pas au Sénégal il y a trois ans. Aujourd’hui, ils ont un marché : les hôtels de Saly, l’aéroport AIBD, le futur parc d’expositions, les concerts.
Les Jeux n’ont pas créé des petits boulots. Ils ont créé des carrières nouvelles.
3. SIRA : QUAND LA BANQUE MONDIALE MISE SUR L’HÉRITAGE
C’est ici que tout s’emboîte. Le projet SIRA, soutenu par la Banque Mondiale, est la clé de voûte de l’héritage.
SIRA, c’est le programme d’appui aux infrastructures et à la formation pour l’emploi. Son objectif : que les infrastructures de Dakar 2026 ne deviennent pas des éléphants blancs.

Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire ?
Le Village des Athlètes à Diamniadio deviendra dès 2027 une cité universitaire et un centre de formation professionnelle. Les salles de fitness, des salles de classe pour les métiers du sport-santé. Le centre aquatique de Saly, un centre de formation pour les métiers de la natation et du tourisme. Le stade Iba Mar Diop rénové, un lycée technique des métiers du sport.
Il ne s’agit pas de construire pour les Jeux, mais de construire AVEC les Jeux. Chaque bâtiment a été dessiné avec sa deuxième vie déjà prévue. C’est la définition même des Jeux utiles, sobres et durables voulus par le COJOJ.
La Banque Mondiale l’a compris : investir dans Dakar 2026, ce n’est pas financer 15 jours de fête, c’est financer 15 ans de formation.
4. L’APRÈS-JOJ : LE SÉNÉGAL, HUB DE LA FORMATION SPORTIVE AFRICAINE ?
Et maintenant ?
Le Sénégal a une carte à jouer que personne d’autre n’a. Nous avons les infrastructures aux normes olympiques, nous avons les formateurs certifiés CIO, nous avons la Learning Academy, nous avons le modèle SIRA.
Pourquoi les fédérations africaines iraient-elles encore se former en France ou au Maroc ? Elles peuvent venir à Dakar.
C’est la perspective la plus excitante : faire du Sénégal le hub continental de la formation aux métiers du sport. Un jeune Congolais qui veut devenir coach de haut niveau, un Rwandais qui veut devenir kiné du sport, un Ivoirien qui veut gérer des événements : ils viendront se former à Dakar.

Ce n’est plus de l’événementiel. C’est une industrie. Une industrie de la connaissance qui crée de l’emploi qualifié, qui retient nos jeunes, qui fait entrer des devises.
Dakar 2026 aura réussi si, en 2030, un jeune Sénégalais dit : « Je ne veux pas partir, je veux travailler dans le sport, et je peux le faire ici. »
Nous avons allumé une flamme. À nous de ne pas la laisser s’éteindre. Il faut maintenant transformer l’essai.
Jean Pierre Corréa

