De 2018 à 2026. Huit ans. Huit ans, c’est le temps qu’il faut à un enfant pour passer du CP à la 5ème. C’est aussi le temps qu’il nous a fallu pour organiser des Jeux.
Au début, soyons honnêtes, personne n’y croyait vraiment. En 2018 à Buenos Aires, quand on a annoncé « Dakar 2026 », beaucoup ont souri. « Des JO en Afrique ? Vous allez voir, ça va finir en chantier inachevé avec une flamme qui s’éteint parce qu’on a oublié de payer la facture de gaz. »
Même nous, on avait un petit doute.
Et puis, il s’est passé un truc étrange : le COJOJ a travaillé.

Oui, je sais, c’est surprenant au Sénégal, une structure qui travaille sans faire de bruit. Pas de conférence de presse tous les lundis pour dire qu’on va travailler. Ils ont travaillé. Point.
Méthode, planning, rétroplanning. Le fameux engagement du COJOJ dont on parle. Ils ont résisté au Covid, qui a décalé les Jeux de 2022 à 2026. N’importe quelle autre organisation se serait effondrée. Eux, ils ont gardé le cap. Ils sont restés « affûtés et déterminés », comme dit le Président Diagna. Et c’est vrai. Pas un scandale. Pas une polémique sur un marché. Pour des Jeux Olympiques, c’est presque un exploit olympique en soi.
Et puis il y a eu la responsabilité du Président de la République. Parce qu’il faut le dire : ce projet a connu deux Présidents. Il a été rêvé et porté sous Macky Sall. Il est réalisé et livré sous Bassirou Diomaye Faye. Et entre les deux, il n’y a pas eu de « on rase tout et on recommence ». Il y a eu la continuité de l’État. Dans ce pays où on adore tout recommencer à zéro tous les cinq ans, c’est suffisamment rare pour être souligné. Chapeau.
Résultat : Dakar fait peau neuve.

Soyons sérieux deux minutes. Vous avez vu Diamniadio ? Vous avez vu la Corniche ? Vous avez vu le stade Iba Mar Diop qui ne fuit plus ? Les routes refaites, les lampadaires qui marchent, les poubelles qui sont vidées, les trottoirs sur lesquels on peut marcher sans faire un 110 mètres haies au-dessus des gargotes ?
C’est beau. Ça sent la peinture fraîche. Ça sent le « on a mis de l’ordre parce que la famille arrive ». Comme quand ta mère t’appelle et te dit « ta belle-mère arrive dimanche » et que tu ranges toute la maison en deux heures.
On a rangé Dakar parce que le monde arrive.

Et c’est très bien. Maintenant, la question qui fâche, et qui est l’objet de cet éditorial : on fait quoi le 13 novembre ? Quand le dernier athlète sera parti ? Quand les caméras de France 24 seront éteintes ? On redevient sale ?
Parce que c’est notre sport national, il faut bien le dire. On est champions du monde pour nettoyer pour l’invité, et champions du monde pour resalir dès qu’il a le dos tourné. On a déjà vu ça avec le sommet de la Francophonie, avec le sommet de l’OCI, avec chaque Tabaski. On nettoie, on brille, puis on laisse les sachets plastiques reprendre le pouvoir.

Dakar est propre aujourd’hui. Agréable à vivre. Presque respirable.
À nous de la garder comme ça.
Ce n’est pas une affaire de Maire. Ce n’est pas une affaire de Président. C’est une affaire de nous. Si on est capables d’être propres pendant 15 jours pour faire plaisir au CIO, on est capables d’être propres 365 jours pour nous-mêmes.
Les JOJ nous ont donné une méthode : on fixe une date, on s’organise, on tient parole. Et une belle ville.
Gardons la méthode. Gardons la ville.
Le reste, c’est juste du ménage.

Jean Pierre Corréa

