L’université sénégalaise traverse, depuis plusieurs années, des turbulences récurrentes. Les tensions entre étudiants, autorités académiques et pouvoirs publics surgissent périodiquement, compromettant le climat d’apprentissage, fragilisant l’image de nos institutions et hypothéquant l’avenir de milliers de jeunes. Des établissements emblématiques comme l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, l’Université Gaston Berger ou encore l’Université Alioune Diop de Bambey ont, à différents moments, été le théâtre de crispations qui traduisent un malaise plus profond que les revendications ponctuelles. Mais au-delà des faits, une question essentielle s’impose : avons-nous collectivement fait notre introspection ?
L’apaisement commence par une vérité simple : il n’y a pas un seul responsable. L’université est un investissement stratégique, non une charge budgétaire. Les retards dans les paiements, l’insuffisance d’infrastructures, la massification non maîtrisée et les lenteurs administratives alimentent la frustration. Une planification rigoureuse, transparente et anticipative est indispensable. C’est pour cette raison que l’élaboration de l’Agenda national de transformation de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (ANTESRI) ainsi que les rencontres initiées pour la révision du décret n° 2014-963 du 12 août 2014 sont à saluer.
Aux autorités académiques
La gouvernance universitaire exige écoute, communication et pédagogie. Le déficit de dialogue ou la rigidité dans la gestion des crises peuvent transformer des tensions gérables en conflits ouverts.
Aux Forces de Défense et de Sécurité
Le maintien de l’ordre ne saurait être source de désordre, de bastonnade, de destruction de biens appartenant à autrui et de répression sévère comme ce fut le cas ces dernières années et notamment lors des manifestations du 09 février à l’UCAD.
Aux étudiants
La revendication est un droit. Mais la violence, l’intimidation, la destruction de biens publics ou la perturbation systématique du calendrier académique compromettent votre propre avenir. Bouder une réunion durant laquelle il est possible de consigner ses avis, accords et désaccords, n’est pas digne de ceux qui aspirent à devenir les futurs dirigeants de ce pays. La rue ne peut devenir l’unique espace d’expression universitaire.
Aux parents et à la société
L’université reflète notre société. Si la société banalise l’irrespect, la défiance et l’impulsivité, l’université en sera le miroir. Nous avons formé des générations à l’accumulation des savoirs, mais avons-nous suffisamment formé à la maîtrise de soi ? L’intelligence émotionnelle, cette capacité à reconnaître, comprendre et gérer ses émotions et celles des autres, devient aujourd’hui un impératif national. Elle implique la gestion de la frustration, l’écoute active, la capacité à négocier sans agresser, la maîtrise du langage et du comportement, le respect des divergences. Une communauté universitaire émotionnellement mature est une communauté capable de transformer la colère en proposition et la revendication en dialogue constructif. Il urge d’introduire dans les curricula des modules de formation sur l’intelligence émotionnelle et le développement personnel pour que l’université ne se limite plus à inculquer des savoirs et des savoir-faire mais surtout des savoir-être et savoir- devenir.
Justice et respect : les piliers d’une paix durable
Il ne peut y avoir de paix sans justice. Il ne peut y avoir d’autorité sans respect. Il ne peut y avoir de respect sans exemplarité. La justice suppose l’équité dans le traitement des dossiers, la transparence dans la gestion, la sanction des abus, d’où qu’ils viennent. Le respect suppose le respect des institutions, le respect des personnes, le respect des engagements. La violence affaiblit tout le monde. La justice élève tout le monde.
Pour une nouvelle culture universitaire
L’université sénégalaise doit devenir un espace de débat, non de confrontation ; un lieu d’excellence, non d’instabilité ; un creuset de leadership responsable. Il est temps d’instaurer des cadres permanents de dialogue étudiants-autorités, des modules obligatoires sur la citoyenneté, l’éthique et l’intelligence émotionnelle, des mécanismes de médiation indépendants, une culture de redevabilité partagée
L’introspection comme acte de courage
L’introspection n’est pas une faiblesse. C’est un acte de maturité collective. Chaque acteur doit se poser trois questions simples : ai-je respecté l’institution ? Ai-je respecté l’autre ? Ai-je contribué à la solution ou au problème ? La paix durable ne viendra pas d’un décret. Elle naîtra d’un changement de posture.
Choisir l’élévation
Le Sénégal a toujours fait de l’éducation un pilier de son développement. L’université ne doit pas devenir un champ de bataille, mais rester un sanctuaire du savoir. Apaiser la situation exige responsabilité, intelligence émotionnelle et culture de justice.
C’est à ce prix que nous préserverons l’avenir de notre jeunesse et la stabilité de notre nation. La paix universitaire n’est pas l’absence de revendications. C’est la capacité à les exprimer sans se détruire.
Mame Diarra Diop

