Le ministère de l’Éducation nationale a acté depuis le 25 février 2026 la suppression du Concours d’entrée en classe de sixième. Cette réforme majeure s’inscrit dans la volonté de garantir une scolarité obligatoire de dix ans. Elle redéfinit également les modalités d’organisation du CFEE. Toutefois, chez les parents d’élèves, la compréhension de cette mesure reste encore floue. Si elle salue sa pertinence, l’Union Nationale des Associations de Parents d’Élèves et d’Étudiants du Sénégal s’interroge toutefois. Le président de l’UNAPEES, Abdoulaye Fané invite les autorités éducatives à prendre les dispositions nécessaires pour assurer une bonne prise en charge des effectifs, une fois en classe de sixième.
Par Moustapha Diakhité
Comment avez-vous accueilli l’annonce de la suppression de l’entrée en sixième ?
Il faut dire que depuis 2025 la question a été posée au niveau du ministère de l’éducation nationale avant d’être soumise à l’appréciation de beaucoup d’organisations communautaires. Nous ce que nous pouvons en dire est que nous sommes en phase avec le ministère pour plusieurs raisons. La première c’est que c’est une décision qui permet véritablement de faire en sorte que l’obligation scolaire puisse être actée, qu’elle soit effective au niveau des établissements scolaires. Parce qu’au moment où nous parlons, il y a plus d’un million d’enfants dans les rues. Cette réforme est donc l’occasion de permettre à un nombre élevé d’élèves en classe de CM2, de pouvoir passer en moyen secondaire sans grande difficulté.
Cette mesure redéfinit par ailleurs les modalités d’organisations du CFEE. Est-ce selon vous une décision venue tardivement ?
C’est une mesure qui à mon sens est tombée tardivement. A l’époque quand on était élève, il s’agissait d’un examen pour permettre à ceux qui ont eu la moyenne de pouvoir passer en sixième. Chemin faisant, il est pratiquement devenu un concours et quand on parle de concours on parle bien de sélection. Ce qui veut dire que ceux qui vont échouer à cette compétition risquent de devenir des élèves déscolarisés. Vous allez vous en rendre compte. A 13 ans – 14 ans, si les parents ne disposent pas de moyens de pour les inscrire dans une école privée, ils peuvent se retrouver dans la rue. Ajouté à ce cela, à cet âge, il est difficile pour l’enfant d’embrasser une formation professionnelle du fait de son niveau encore faible. C’est donc une bonne décision qui vient malheureusement tardivement. Parce qu’entre temps, beaucoup d’enfants se sont retrouvés contraints à l’abandon. Et finalement qu’est-ce qu’ils deviennent ? des apprentis maçons, des apprentis mécaniciens. C’est dire qu’ils se sont adonnés à des métiers précaires. Des activités qui ne participent pas au développement des ressources humaines au niveau scolaire.

Est-ce que les parents d’élèves sont suffisamment informés par rapport à cette mesure ?
De toutes les organisations membres de l’UNAPEES, au niveau de nos groupes et panels de discussions, nous ne nous lassons de parler de cette situation. Et à chaque fois que nous tenons des réunions au niveau national, la question est abordée. Nous nous exprimons également dans la presse par rapport à ce phénomène. Mais il reste encore du chemin à faire. Il nous faut toujours sensibiliser et informer, particulièrement dans les zones les plus reculées du pays. Je crois que sur ce point, le ministère, à travers la direction des examens et concours, doit prendre des dispositions pour informer davantage les parents sur cette mesure. Mais surtout les rassurer, quant au mécanisme mis en place pour dispenser un enseignement de qualité aux enfants en classe de sixième.
Est-ce que vous avez des craintes quant à l’application de cette décision. Relevez-vous des préoccupations particulières ?
C’est justement la principale difficulté que nous avons relevée. Elle concerne la gestion des effectifs. Au fait, ils seront nombreux les élèves qui passeront en cycle secondaire. De ce fait, il est urgent qu’il ait un nombre suffisant de salles de classe pour pouvoir accueillir les élèves en classe de sixième. Cependant il faut reconnaitre les efforts faits. Nous avons un ministère qui est conscient de ses responsabilités et qui les prend au moment opportun. Mais aussi d’un ministère qui dispose d’une expertise lui permettant d’effectuer des recensements tant sur le plan humain que sur le plan structurel. Ce qui lui permettrait de mener à bien cette réforme. C’est donc pour nous l’occasion de féliciter le gouvernement car avec le ministère en charge des Infrastructures, nous nous rendons compte qu’il y a des efforts qui sont véritablement fournis sur le terrain pour la suppression des abris provisoires et la construction de nouveaux établissements scolaires pour permettre d’accueillir dans le moyen secondaire des élèves. C’est sûr qu’il y aura au début quelques difficultés. Mais il faudra faire en sorte que ces soucis soient annihilés au fur et à mesure afin qu’on puisse aller à une obligation scolaire de 10 ans, offrant aux élèves la possibilité de poursuivre leurs études soit au cycle élémentaire, soit de progresser et de bénéficier d’une formation professionnelle et technique.

