L’Institut national d’Education et de Formation des Jeunes aveugles (INEFJA) est bien plus qu’un simple établissement scolaire. Pour ses pensionnaires, il constitue avant tout une véritable famille d’accueil, portée par un personnel attentionné, à l’écoute et profondément humain. Une présence bienveillante qui vient, sans doute, combler l’absence des parents et créer un cadre propice à l’épanouissement des élèves.
Dès que l’on franchit le seuil de l’INEFJA, l’émotion est palpable. Le visiteur est immédiatement frappé par la capacité d’adaptation des apprenants à leur environnement, mais surtout par la solidarité qui les unit. À notre arrivée, les cours se poursuivaient encore. Il n’était pas rare de croiser un élève se dirigeant seul vers les toilettes. Une scène qui pourrait laisser croire à une parfaite autonomie visuelle. Pourtant, la réalité est tout autre. Ici, la majorité des pensionnaires sont non-voyants, quant aux autres, la faible perception visuelle dont ils disposent ne leur permet pas de vivre de manière autonome. Il a fallu attendre la sortie des classes pour mieux s’en rendre compte.
Il est 13 heures lorsque la cloche retentit. Contrairement aux écoles classiques où les élèves se ruent vers la sortie, à l’INEFJA, le mouvement se fait lentement, presque hors du temps. Les élèves avancent en petits groupes, à pas mesurés. Le plus souvent, ceux qui distinguent encore quelques formes guident leurs camarades totalement aveugles. Soudain, Yacine DIAKHATE, membre du personnel, aperçoit Maïmouna et Coumba.
Les deux amies, bras dessus bras dessous, semblent se laisser guider par le son de sa voix. Visiblement à l’aise, elles parviennent sans difficulté jusqu’à la porte de la direction. Informées de la présence de visiteurs, les fillettes, âgées d’à peine une dizaine d’années, tendent poliment la main pour saluer. Des mains que nous serrons avec un pincement au cœur. Toutes deux portent des lunettes et un voile assorti à leur tenue : une robe bleue pour l’une, blanche pour l’autre. Après les salutations, il leur est demandé d’aller se reposer en attendant le déjeuner, les cours reprenant l’après-midi.
Yacine DIAKHATE n’est pas la seule à faire preuve de sollicitude envers les élèves. Une visite à l’infirmerie révèle également la proximité entre Hortence FAYE et les pensionnaires de l’INEFJA. Nous la trouvons en pleine discussion avec Sokhna Sophiétou DIENG, collégienne en classe de quatrième, et Tabara SOW, élève en cours préparatoire. De prime abord, nous pensions qu’elles venaient se faire consulter : erreur !!! L’infirmière, assise derrière son bureau nous explique que ces jeunes filles, en particulier Sophie, ont l’habitude de venir se confier à elle.
L’infirmerie, modeste, mesure à peine une vingtaine de mètres carrés. Elle est équipée d’un lit, d’une table de consultation, d’une petite armoire servant de pharmacie, d’une balance, d’une toise et de deux chariots de pansement. « Je vais boucler mes cinq années dans l’établissement au mois de mai prochain. Je suis infirmière d’État. Je devais partir à cause d’un ordre d’affectation, mais ils ont insisté pour que je reste. Je veux certes partir, mais je ne sais pas comment les quitter », confie-t-elle, la voix chargée d’émotion.

Surnommée affectueusement Ta Diary par les élèves, l’assistante sociale, elle, ne quitterait l’INEFJA pour rien au monde. En Sophie et les autres pensionnaires, elle a trouvé les enfants qu’elle n’a jamais eus. Un lien particulier l’unit à Sophiétou DIENG. « L’INEFJA, c’est ma première famille. J’ai fait dix-huit ans de mariage sans avoir d’enfant. Ce sont eux, mes enfants. Sophie, sa mère me l’a confiée avant son décès. Toute sa famille me l’a rappelé le jour des funérailles, en me demandant de prendre soin d’elle comme de ma propre fille. Je n’ai qu’eux. Si vous aimez les enfants de l’INEFJA, alors je vous aime », témoigne-t-elle. Elle est arrivée à l’institut en tant qu’assistante en psychoaffectivité.
Tout est ainsi mis en œuvre pour que les pensionnaires de l’INEFJA ne se sentent jamais dépaysés. Le personnel en est pleinement conscient : ce sont des élèves avec lesquels il faut être « patient, sociable et compréhensif ». Sous couvert de l’anonymat, un membre du personnel se souvient : « À mon arrivée, je les faisais pleurer en les grondant. Aujourd’hui, ce sont eux qui me font pleurer. » Un sentiment partagé par Aliou FAYE, directeur de l’établissement, marqué par l’attachement des élèves qui frappent quotidiennement à la porte de son bureau, simplement pour échanger quelques mots.
